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Gregory Pouy
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  • Vlan!

    #414 La violence n'est pas une fatalité avec Guillaume Soto Mayor

    03.11.2026 | 1 Std. 16 Min.
    Guillaume Soto-Mayor est chercheur spécialiste des violences et fondateur d’Égrégore. Il publie La violence en héritage, un livre-manifeste qui démonte l’idée selon laquelle la violence serait inscrite dans la nature humaine.
    Guillaume et moi vivons tous les deux à Lisbonne, et c’est à Paris, dans un très beau costume (le sien, pas le mien), qu’on a fini par se retrouver pour enregistrer. J’avais lu son livre avant sa sortie et je voulais relever un défi un peu fou : parler de violence et de joie rebelle dans la même conversation. Pour moi, ça tient debout. La joie rebelle n’a rien d’un déni de l’effondrement, c’est une manière d’y résister.
    Dans cet épisode, nous parlons de ce que notre société fait à ses enfants : la pauvreté, l’inceste, les écoles amiantées, les 23 000 infirmières scolaires qui manquent, les enseignants à bout, la liberté d’un enfant de dix ans réduite à quelques centaines de mètres. Et de cette violence symbolique qui consiste à présenter des mineurs en colère comme des casseurs pour ne pas avoir à les écouter.
    J’ai questionné Guillaume sur la grande idée reçue de notre époque, « l’homme est un loup pour l’homme », et il m’a répondu avec ce que disent les sciences de l’évolution et de la psychologie : face aux catastrophes, notre premier réflexe est la solidarité. On a ensuite remonté le fil d’une architecture très concrète, celle des réseaux Atlas et Périclès, de Hayek, de Milton Friedman, de The Sovereign Individual et de cette élite qui pense mériter de diriger les autres. On a parlé de la rupture éthique des années 70-80, du jour où le camp progressiste s’est dit que le job était fait, de CNews, de l’autobiographie de Jordan Bardella et de cette vérité qui dérange : en face, on vend aussi du désir et de la reconnaissance, et les humanistes ont oublié de le faire.
    On a fini sur ce qui donne de l’élan : la corruption comme combat oublié qui soulève les foules de l’Inde à l’Albanie, la force de la lucidité, le collectif qui permet d’assumer nos faiblesses, le rire, l’inutile, et cette idée qu’une vie trop contrôlée ressemble à un tuyau dans lequel on glisse jusqu’à la mort.

    Citations marquantes
    « On ne parle même pas de les écouter, on ne parle même pas de les intégrer dans des décisions. »
    « L’intégralité de la science nous montre l’inverse : le réflexe humain, il est dans le lien, il est dans la solidarité. »
    « Les médias, c’est la pièce centrale, parce que c’est celle qui permet à la fois d’imposer un régime de vérité et de projeter du désir. »
    « Au moins chez eux, on n’est pas méprisé, on existe. »
    « On assume les dépendances. C’est comme ça qu’une architecture fonctionne. »

    Idées centrales discutées
    La violence faite aux enfants est systémique (00:09 à 00:21)
    Guillaume aligne les traumas que l’on refuse de relier entre eux : faim, mal-logement, violences sexuelles, écoles délabrées, manque de soignants et d’enseignants, angoisse écologique, arrivée de l’IA. S’y ajoutent la disparition du jeu libre dehors et l’absence de modèles positifs.
    Pourquoi ça compte : on ne peut pas exiger le calme d’une génération à qui l’on retire tout, puis répondre à sa colère uniquement par la répression.
    L’homme n’est pas un loup pour l’homme (00:24 à 00:29)
    Les travaux sur l’entraide, dont ceux de Pablo Servigne, montrent que même dans les catastrophes humanitaires ou post-conflit, le premier réflexe humain est le lien. Les lieux où l’on vit le plus longtemps sont ceux où l’on mange ensemble.
    Pourquoi ça compte : croire à une violence naturelle rend la violence acceptable, et le repli sur soi désirable.
    Le conflit n’est pas le problème, ce sont les institutions qui l’absorbent (00:29 à 00:36)
    Guillaume ne veut pas abolir toute violence : les grandes avancées sociales sont nées dans le conflit. L’enjeu est de construire des espaces qui le transforment : démocratie, syndicats, tribunaux, droit de manifester, arts.
    Pourquoi ça compte : c’est cette mécanique d’élévation collective qui s’est enrayée.
    La rupture éthique des années 70-80 (00:35 à 00:50)
    Les progressistes ont cru les combats gagnés et ont laissé le marché s’occuper du reste. Pendant ce temps, l’école de Chicago, le réseau Atlas et les « revendeurs d’idées de seconde main » de Hayek ont imposé le néolibéralisme comme une évidence.
    Pourquoi ça compte : la paix libérale et le new public management ont démonté les infrastructures qui tenaient la société.
    Une architecture des acteurs de violence (00:36 à 00:56)
    Atlas, Périclès, The Sovereign Individual, Palantir, médias de milliardaires : une vision commune d’une humanité à deux vitesses, avec une élite qui mérite et une masse à exploiter et à contrôler. Sur le terrain, une maïeutique sociale échange des services contre une adhésion aux idées et fabrique des carrières, du think tank au parti.
    Pourquoi ça compte : nommer cette adversité permet de sortir à la fois du flou et du complotisme.
    Le désir, angle mort des humanistes (00:56 à 01:00)
    « Make America Great Again », « Take back control », l’autobiographie de Bardella devant l’Acropole : ces récits promettent la reconnaissance. Les progressistes ne voient que les peurs qu’ils attisent.
    Pourquoi ça compte : sans projection désirable, aucun contre-récit ne prend.
    La corruption, combat oublié et source de joie (01:00 à 01:06)
    Dans les cahiers de doléances, la probité arrive en tête des priorités. De l’Inde à l’Albanie, de la Serbie à la Hongrie, des mouvements anti-corruption renversent des pouvoirs installés.
    Pourquoi ça compte : tout n’a pas été essayé, et c’est une très bonne nouvelle.

    Questions posées dans l’interview
    Qu’est-ce qui, aujourd’hui, te coupe ton élan ?
    Que dit notre façon de traiter les jeunes en colère de notre société tout entière ?
    Qu’attend-on vraiment d’enfants à qui l’on retire la sécurité, l’école, la rue et les modèles ?
    L’homme est-il, par nature, un loup pour l’homme ?
    Une société sans violence a-t-elle déjà existé, et faut-il la souhaiter ?
    Les explosions de violence viennent-elles du fait qu’on ne la canalise plus, comme Rome le faisait avec le cirque ?
    Qu’est-ce que les réseaux Atlas et Périclès, et comment agissent-ils sur notre quotidien ?
    Pourquoi des élites défendent-elles un modèle qui, à terme, ne fonctionne même pas pour elles ?
    Pourquoi les récits de l’extrême droite séduisent-ils davantage que ceux des humanistes ?
    Quand tu perds espoir, qu’est-ce qui te permet de tenir ?

    Références citées dans l’épisode
    Livres
    La violence en héritage, Guillaume Soto-Mayor : le livre au cœur de l’épisode, présenté comme un manifeste humaniste (00:00, 00:10, 01:15)
    The Sovereign Individual, James Dale Davidson et William Rees-Mogg : la bible d’une élite qui se pense souveraine et au-dessus du contrat social (00:41)
    Les livres d’Antoine Foucher, sur le travail qui ne paie plus et sur les enfants : cités pour le sous-financement de l’Éducation nationale (00:07)
    L’autobiographie de Jordan Bardella : exemple d’un récit de réussite qui fait rêver les jeunes (00:57)
    The Art of the Deal, Donald Trump : la logique de l’imposition par la force (00:46)
    Mon livre (à paraître) : cité sur le développement personnel, la performance et le rire désappris (00:15, 00:27, 01:10)
    Les travaux de Pablo Servigne sur l’entraide : la solidarité comme réflexe face aux catastrophes (00:25)
    Penseurs et courants
    Michel Foucault et les régimes de vérité (00:05)
    Friedrich Hayek et les « revendeurs d’idées de seconde main » (00:40, 00:49)
    Milton Friedman, l’école de Chicago et le modèle de Hong Kong et Shenzhen (00:40)
    Renaud Camus et la théorie du grand remplacement (00:38)
    La main invisible du marché, la paix libérale, le new public management (00:48)
    Organisations et réseaux
    Égrégore, fonds de dotation et association fondés par Guillaume (00:04, 01:09, 01:12)
    Réseau Atlas et Antony Fisher (00:36, 00:49)
    Réseau Périclès (00:36)
    Société du Mont-Pèlerin et Cato Institute (00:38)
    Palantir, Peter Thiel et l’ICE (00:44)
    Off Investigation et le journaliste Marc Endeweld sur le recours aux cabinets privés (01:02)
    Méga-églises et réseaux chrétiens fondamentalistes autour de Donald Trump (00:54)
    Personnes citées
    Antoine Foucher et Muriel Pénicaud (00:07)
    Julien Devaureix, du podcast Sismique (00:05, 00:28)
    Clara, amie commune, sur les ponts entre personnes clivées (00:30)
    Alice Barbe et son enquête citée sur l’Europe de l’Est (00:37)
    Elon Musk et ses gardes du corps robots (00:42)
    Mère Teresa, Coluche, l’abbé Pierre comme anciens modèles (00:19)
    Jordan Bardella et Donald Trump comme modèles revendiqués par des jeunes (00:20)
    Viktor Orbán et les consultants de ses campagnes (00:57, 01:05)
    Narendra Modi (01:04)
    Ivanka Trump et Jared Kushner, projet dans une réserve naturelle en Albanie (01:04)
    François Taddei (01:13)
    Jon Stewart et le Daily Show (01:10)
    Médias et culture
    CNews et l’omniprésence de l’islam et de l’immigration dans ses débats (00:55)
    Radio Nova (01:11)
    Hunger Games (00:22)
    Zootopia (00:32)
    WALL-E (01:14)
    Événements et faits
    Les mobilisations lycéennes et étudiantes de 2026 (00:06, 00:14)
    Bétharram et le scandale des crèches (00:17)
    L’affaire Epstein (00:45)
    Le Brexit, « Take back control » et un lord croisé à Oxford qui regrettait d’avoir « donné la voix au peuple » (00:42, 00:58)
    « Make America Great Again » (00:57)
    Les cahiers de doléances (01:01)
    La présidentielle française de 2027 (01:00)
    Mouvements anti-corruption en Inde, Indonésie, Népal, Madagascar, Maroc, Algérie (Hirak), Albanie, Serbie, Géorgie et Hongrie (01:04)

    Timestamps clés
    00:00 Violence et joie rebelle, le défi de l’épisode
    03:00 Ce qui coupe l’élan de Guillaume
    07:15 Les jeunes ont raison d’être en colère
    10:00 Des traumas qu’on refuse de relier
    12:00 Écoles délabrées, soignants absents
    14:00 La violence symbolique contre les jeunes
    15:30 Des enfants privés de rue et de jeu libre
    17:15 Le scandale des crèches
    19:30 Quels modèles pour les jeunes ?
    21:00 Une violence systémique, by design
    24:30 L’homme est-il un loup pour l’homme ?
    28:30 Pas de progrès social sans conflit ?
    32:00 Rome, le cirque et la violence canalisée
    34:00 Les institutions qui absorbent la violence
    35:30 La rupture éthique des années 70-80
    36:00 Réseaux Atlas et Périclès
    41:00 The Sovereign Individual
    44:00 Palantir et le contrôle de la violence
    47:00 Comment le néolibéralisme est devenu une évidence
    49:30 Les revendeurs d’idées de seconde main
    51:00 La maïeutique sociale des acteurs de violence
    55:30 Les médias, pièce centrale
    56:30 Le désir, angle mort des humanistes
    59:30 Retourner la méthode
    1:00:45 La corruption, combat oublié
    1:04:00 Les peuples qui se soulèvent contre la corruption
    1:05:30 Quand l’espoir vacille
    1:09:30 Le droit à l’inutile
    1:11:00 Le rire et le collectif
    1:12:45 Ouvrir la porte à l’inconnu
    1:14:00 Une vie contrôlée est une vie fade
    1:15:00 Un manifeste humaniste

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    [Best of] Pourquoi Emmanuel Macron fait-il l'inverse de ce qu'il dit? avec Marc Joly (partie 2)

    29.10.2026 | 35 Min.
    Je voulais rediffuser cet épisode pour éclairer ce qui se passe en ce moment en France et pour comprendre comment Emmanuel Macron en est arrivé jusque là.
    Je pense que réécouter cet épisode aujourd'hui peut vraiment aider à mieux comprendre ce que nous n'arrivons pas à expliquer.

    Marc Joly est sociologue, chercheur au CNRS, et il a récemment publié un ouvrage fascinant : La pensée perverse au pouvoir.
    Quand Anne-Clotilde Ziegler, que vous avez déjà entendue sur VLAN dans un épisode consacré à la perversion narcissique, m’a recommandé de discuter avec Marc, je n’ai pas hésité une seconde.
    Il faut dire que le sujet me travaille depuis un moment, surtout à l’aune des comportements politiques qu’on observe aujourd’hui. J’avais envie d’aller au-delà de l’indignation ou du jugement hâtif, pour vraiment comprendre ce qui se joue dans ces dynamiques de pouvoir si troublantes.
    Dans cet épisode, j’ai eu le plaisir – et l’honnêteté, parfois l’inconfort – de plonger avec Marc dans les rouages de la perversion narcissique. Mais pas seulement dans le cadre intime : on parle ici de pouvoir, de politique, d’Emmanuel Macron bien sûr, mais aussi de Donald Trump, de ce que ces figures révèlent de nos sociétés. Marc est passionnant. Il a une rigueur intellectuelle rare, mais il sait aussi écouter, douter, nuancer.
    On a parlé de son parcours, de ce qui l’a mené à enquêter sur la violence psychologique, sur la manière dont un terme comme "pervers narcissique" a quitté le domaine de la psychanalyse pour s’inscrire dans nos vies quotidiennes, dans nos discussions, et maintenant dans notre compréhension du pouvoir. J’ai voulu comprendre si Emmanuel Macron, dans ses actions et dans ses discours, pouvait incarner cette figure toxique, si décriée dans les relations personnelles. Et je vous le dis franchement : certaines réponses font froid dans le dos.
    Nous avons aussi abordé le rôle de Brigitte Macron dans cette construction identitaire et politique, la manière dont leur relation – hors normes – a été instrumentalisée dans un récit médiatique. Et puis il y a cette comparaison troublante avec Trump, où le déni devient une stratégie de gouvernement, où le narcissisme n’est plus une tare mais une posture de conquête.
    J’ai questionné Marc sur l’avenir, sur l’écologie, sur le désintérêt des élites pour le bien commun. C’est un épisode dense, intense, mais nécessaire. Parce que les élections approchent, parce que le choix de nos dirigeants ne peut plus être pris à la légère, parce qu’on a besoin de comprendre ce qu’on vit pour pouvoir y faire face.
    Merci Marc pour ta clarté, ton engagement, et ta capacité à mettre des mots justes sur des phénomènes complexes.

    5 citations marquantes
    « Ce n’est pas le pouvoir qui pervertit, ce sont les pervers qui sont attirés par le pouvoir. »
    « Macron fait exactement l’inverse de tout ce qu’il dit. »
    « La pensée perverse au pouvoir, c’est une stratégie de domination fondée sur le déni. »
    « Le pervers narcissique séduit pour mieux dominer. »
    « Ce n’est pas un président, c’est un imposteur habillé d’empathie. »
    10 questions structurées posées dans l'interview
    Pourquoi avoir choisi d’étudier la perversion narcissique ?
    Comment passe-t-on de cette étude à un livre sur le pouvoir ?
    Qu’est-ce que la perversion narcissique selon la définition psychanalytique ?
    Pourquoi ce terme est-il souvent mal utilisé aujourd’hui ?
    Macron incarne-t-il cette pensée perverse ?
    Quelle est la différence entre Macron et Trump dans leur rapport au pouvoir ?
    Le pouvoir pervertit-il ou attire-t-il les pervers ?
    Peut-on diagnostiquer quelqu’un à distance ?
    Quel rôle joue Brigitte Macron dans cette dynamique ?
    Le système politique français favorise-t-il l’émergence de tels profils ?
    Timestamps clés pour YouTube
    00:00 Introduction par Grégory Pouy
    02:25 Début de l’interview avec Marc Joly
    04:00 De la perversion narcissique à la pensée au pouvoir
    07:00 Définition de la perversion narcissique
    13:00 Le pouvoir attire-t-il les pervers ?
    20:00 Emmanuel Macron : manipulation et disqualification
    30:00 Parallèle entre Macron et les relations toxiques
    45:00 Trump et le narcissisme grandiose
    56:00 Déni pervers et politique actuelle
    01:03:00 Le rôle du couple Brigitte-Emmanuel Macron

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  • Vlan!

    [Best of] Pourquoi Emmanuel Macron fait l'inverse de ce qu'il dit? Avec Marc Joly (partie 1)

    29.10.2026 | 44 Min.
    Je voulais rediffuser cet épisode pour éclairer ce qui se passe en ce moment en France et pour comprendre comment Emmanuel Macron en est arrivé jusque là.
    Je pense que réécouter cet épisode aujourd'hui peut vraiment aider à mieux comprendre ce que nous n'arrivons pas à expliquer.

    Marc Joly est sociologue, chercheur au CNRS, et il a récemment publié un ouvrage fascinant : La pensée perverse au pouvoir.
    Quand Anne-Clotilde Ziegler, que vous avez déjà entendue sur VLAN dans un épisode consacré à la perversion narcissique, m’a recommandé de discuter avec Marc, je n’ai pas hésité une seconde.
    Il faut dire que le sujet me travaille depuis un moment, surtout à l’aune des comportements politiques qu’on observe aujourd’hui. J’avais envie d’aller au-delà de l’indignation ou du jugement hâtif, pour vraiment comprendre ce qui se joue dans ces dynamiques de pouvoir si troublantes.
    Dans cet épisode, j’ai eu le plaisir – et l’honnêteté, parfois l’inconfort – de plonger avec Marc dans les rouages de la perversion narcissique. Mais pas seulement dans le cadre intime : on parle ici de pouvoir, de politique, d’Emmanuel Macron bien sûr, mais aussi de Donald Trump, de ce que ces figures révèlent de nos sociétés. Marc est passionnant. Il a une rigueur intellectuelle rare, mais il sait aussi écouter, douter, nuancer.
    On a parlé de son parcours, de ce qui l’a mené à enquêter sur la violence psychologique, sur la manière dont un terme comme "pervers narcissique" a quitté le domaine de la psychanalyse pour s’inscrire dans nos vies quotidiennes, dans nos discussions, et maintenant dans notre compréhension du pouvoir. J’ai voulu comprendre si Emmanuel Macron, dans ses actions et dans ses discours, pouvait incarner cette figure toxique, si décriée dans les relations personnelles. Et je vous le dis franchement : certaines réponses font froid dans le dos.
    Nous avons aussi abordé le rôle de Brigitte Macron dans cette construction identitaire et politique, la manière dont leur relation – hors normes – a été instrumentalisée dans un récit médiatique. Et puis il y a cette comparaison troublante avec Trump, où le déni devient une stratégie de gouvernement, où le narcissisme n’est plus une tare mais une posture de conquête.
    J’ai questionné Marc sur l’avenir, sur l’écologie, sur le désintérêt des élites pour le bien commun. C’est un épisode dense, intense, mais nécessaire. Parce que les élections approchent, parce que le choix de nos dirigeants ne peut plus être pris à la légère, parce qu’on a besoin de comprendre ce qu’on vit pour pouvoir y faire face.
    Merci Marc pour ta clarté, ton engagement, et ta capacité à mettre des mots justes sur des phénomènes complexes.

    5 citations marquantes
    « Ce n’est pas le pouvoir qui pervertit, ce sont les pervers qui sont attirés par le pouvoir. »
    « Macron fait exactement l’inverse de tout ce qu’il dit. »
    « La pensée perverse au pouvoir, c’est une stratégie de domination fondée sur le déni. »
    « Le pervers narcissique séduit pour mieux dominer. »
    « Ce n’est pas un président, c’est un imposteur habillé d’empathie. »
    10 questions structurées posées dans l'interview
    Pourquoi avoir choisi d’étudier la perversion narcissique ?
    Comment passe-t-on de cette étude à un livre sur le pouvoir ?
    Qu’est-ce que la perversion narcissique selon la définition psychanalytique ?
    Pourquoi ce terme est-il souvent mal utilisé aujourd’hui ?
    Macron incarne-t-il cette pensée perverse ?
    Quelle est la différence entre Macron et Trump dans leur rapport au pouvoir ?
    Le pouvoir pervertit-il ou attire-t-il les pervers ?
    Peut-on diagnostiquer quelqu’un à distance ?
    Quel rôle joue Brigitte Macron dans cette dynamique ?
    Le système politique français favorise-t-il l’émergence de tels profils ?
    Timestamps clés pour YouTube
    00:00 Introduction par Grégory Pouy
    02:25 Début de l’interview avec Marc Joly
    04:00 De la perversion narcissique à la pensée au pouvoir
    07:00 Définition de la perversion narcissique
    13:00 Le pouvoir attire-t-il les pervers ?
    20:00 Emmanuel Macron : manipulation et disqualification
    30:00 Parallèle entre Macron et les relations toxiques
    45:00 Trump et le narcissisme grandiose
    56:00 Déni pervers et politique actuelle
    01:03:00 Le rôle du couple Brigitte-Emmanuel Macron

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    #413 La sécurité est-elle un sujet de droite? avec Nicolas Nordman

    27.10.2026 | 1 Std. 7 Min.
    Nicolas Nordman est un ancien adjoint à la maire de Paris chargé de la sécurité de 2020 à 2026. Il a publié La gauche et la sécurité. Le titre sonne comme un paradoxe et il a fait réagir dans les deux camps : certains étaient soulagés qu’un élu de gauche ose enfin parler de sécurité, d’autres se moquaient d’une gauche qui découvrirait le sujet.
    C’est justement ce paradoxe qui m’a attiré chez Nicolas. Dans le cirque médiatique, on a d’un côté ceux qui répètent « insécurité, insécurité, insécurité ». De l’autre, on accuse la gauche de répondre « inclusion, inclusion, inclusion ». Lui a passé six ans à gérer concrètement la sécurité de la capitale. Il a aussi fait quelque chose que j’ignorais complètement : il a monté la police municipale de Paris. Jusqu’en 2021, la ville n’avait tout simplement pas le droit d’en avoir une. Jacques Chirac s’y était toujours opposé, et c’est Anne Hidalgo qui l’a portée.
    Dans cet épisode, nous parlons de la façon dont la droite a construit un monopole sur la sécurité, et dont la gauche a fini par se croire illégitime sur le sujet. Nous parlons aussi de la tentation permanente de la solution miracle, avec des caméras réclamées jusque dans le bois de Boulogne. Et de la violence en col blanc, qu’on regarde beaucoup moins. Nous regardons ce que disent vraiment les chiffres de la délinquance à Paris, et pourquoi les violences intrafamiliales augmentent à mesure que la parole se libère. Enfin, Nicolas raconte ce que fait au quotidien une police municipale de 2 300 agents.
    J’ai questionné Nicolas sur plusieurs sujets :
    les violences qui ont suivi la victoire du PSG ;
    l’idée de Michel Maffesoli d’une violence propre à l’humain qu’il faudrait canaliser ;
    l’armement des polices municipales, et le choix du nouveau maire de Saint-Denis de les désarmer ;
    le modèle du Salvador qui fascine l’extrême droite ;
    la suppression des allocations familiales ;
    le paradoxe de Tocqueville appliqué à Neuilly ;
    la privatisation de la sécurité qu’il a vue au Cap ;
    la récidive, qui touche 65 % des sortants de prison dans les cinq ans.
    Ce que j’aime dans cette conversation, c’est qu’il échappe aux deux réflexes habituels. Il revendique la sanction et défend la présence de la police dans la rue. Dans le même souffle, il plaide pour la prévention, l’accompagnement des familles et le travail d’intérêt général. C’est un praticien plus qu’un théoricien, et il veut claquer la porte à la démagogie.

    Citations marquantes
    « La prévention, ce n’est pas un gros mot. C’est peut-être un des moyens les plus efficaces de lutter contre l’insécurité. »
    « On ne résoudra pas les problèmes d’insécurité simplement avec le pouvoir du verbe, simplement avec des rodomontades. »
    « Moi, je n’ai pas peur de voir la police dans la rue. Je suis même plutôt rassuré quand je la vois. »
    « C’est un échec collectif quand on punit quelqu’un et qu’à l’issue de sa punition, il recommence. »
    « Si on ne renforce pas la sécurité publique, le risque, c’est que le chacun pour soi l’emporte. »
    Idées centrales discutées
    1. La gauche se croit illégitime sur la sécurité (04:29)
    Les chaînes info et une partie de la droite ont construit l’image d’une gauche laxiste, qui nie la réalité et pratique la « culture de l’excuse ». Pour Nicolas, la gauche a fini par y croire elle-même.
    Pourquoi ça compte : la peur touche les gens dans leur intimité. Un camp qui se pense illégitime sur ce sujet laisse le terrain à la surenchère.
    2. La sécurité ne se gère pas avec un seul levier (07:53)
    D’un côté la sanction, la police et la justice. De l’autre la prévention, l’éducation et l’accompagnement. Nicolas refuse de choisir et veut utiliser tous ces leviers en même temps.
    Pourquoi ça compte : après chaque fait divers, chacun annonce plus de fermeté que l’autre. Ces annonces n’ont pas d’effet mesurable.
    3. La technologie vendue comme solution miracle (12:39)
    À chaque fait divers, on lui réclamait plus de caméras, jusque dans le bois de Boulogne. Pour lui, la caméra peut servir, à deux conditions : protéger les libertés publiques, et dire honnêtement ce qu’elle ne réglera pas.
    Pourquoi ça compte : la promesse technologique rassure plus qu’elle ne protège. Elle détourne aussi l’attention des causes sociales.
    4. Les chiffres de la délinquance mesurent d’abord l’activité de la police (16:12)
    Les vols et cambriolages baissent depuis dix ans. Les violences intrafamiliales augmentent fortement, en partie parce que la parole se libère. Les chiffres dépendent aussi des priorités pénales et des plaintes qui ne sont pas enregistrées.
    Pourquoi ça compte : quand le débat public suit la publication des chiffres chaque mois, il devient un concours de communication.
    5. Une police municipale de proximité, qui complète la police nationale (23:46)
    Paris n’avait pas le droit d’avoir une police municipale avant la loi de 2021. Elle s’occupe de la tranquillité publique, des incivilités et de la circulation, ce qui libère la police nationale pour la grande délinquance. Avec les médiateurs, cela fait près de 4 000 agents.
    Pourquoi ça compte : une rue dégradée crée de l’insécurité, et voir des policiers rassure concrètement.
    6. Responsabilité individuelle et action sur le contexte (47:26)
    Deux frères grandissent dans la même famille et le même quartier : l’un devient délinquant, l’autre réussit. Il faut agir sur les inégalités, mais sans dédouaner l’individu. Nicolas refuse aussi la suppression des allocations familiales, qui punit toute une fratrie.
    Pourquoi ça compte : c’est la ligne qui permet à la gauche d’échapper à la fois à l’accusation de laxisme et au tout-répressif.
    7. Penser l’après-prison et le risque de la sécurité privée (55:23)
    65 % des sortants de prison récidivent dans les cinq ans. Nicolas défend les peines en milieu ouvert, l’école parisienne du travail d’intérêt général et plus de moyens pour les services de probation. L’exemple du Cap montre ce qui arrive quand la sécurité publique s’efface : des zones protégées pour ceux qui peuvent payer.
    Pourquoi ça compte : la sécurité est un service public. Quand il recule, la société se coupe en deux.

    Questions posées dans l’interview
    Comment en est-on arrivé, en 2026, à voir « gauche » et « sécurité » comme deux mots qui s’opposent ?
    Que répondre à ceux qui pensent qu’il suffit de mettre les délinquants en prison ?
    La nuance est-elle devenue un luxe dans un débat public qui veut des solutions immédiates ?
    Pourquoi la délinquance en col blanc n’est-elle jamais vécue comme de l’insécurité ?
    Paris est-elle vraiment moins sûre qu’avant, comme le répètent les chaînes info ?
    À quoi sert une police municipale dans une ville où la police nationale est déjà partout ?
    Comment expliquer que même une victoire du PSG se termine en violences dans la rue ?
    Faut-il armer les policiers municipaux, et pourquoi avoir changé d’avis ?
    Priver les familles de délinquants d’allocations familiales, bonne ou mauvaise idée ?
    Comment éviter que la sécurité devienne un privilège pour ceux qui peuvent se l’offrir ?

    Références citées dans l’épisode
    Livre
    La gauche et la sécurité, Nicolas Nordman. Le livre au cœur de l’entretien, construit sur son expérience d’adjoint à la sécurité. (02:29)
    Personnalités
    Anne Hidalgo, maire de Paris : première maire à porter la création d’une police municipale à Paris, pendant sa campagne de 2020. (25:21)
    Jacques Chirac, ancien maire de Paris : opposé à toute police municipale parisienne. (25:21)
    Michel Maffesoli, sociologue, déjà reçu dans Vlan! : son idée d’une « homéopathie de la violence » sert de point de départ à la question sur la violence propre à l’humain. (35:05)
    Mathieu Hanotin, ancien maire de Saint-Denis : il a développé et armé la police municipale sur un territoire difficile. (40:30)
    Le nouveau maire de Saint-Denis (LFI) : Nicolas juge dogmatique sa décision de désarmer la police municipale. (38:48)
    Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen : je les cite à propos de la droite qui devient soudain nuancée quand des responsables politiques sont condamnés. (11:00)
    Le président du Salvador (Nayib Bukele, non nommé dans l’échange) : son modèle d’incarcération massive sert de référence à l’extrême droite. (43:21)
    L’adjoint à la sécurité de la ville du Cap : l’homologue que Nicolas a rencontré en Afrique du Sud. (55:23)
    Concepts
    Le paradoxe de Tocqueville : quand un problème recule, ce qu’il en reste paraît de plus en plus insupportable. (51:21)
    La « culture de l’excuse », formule utilisée contre la gauche. (04:29 et 47:26)
    La délinquance de prédation, terme policier pour les vols et cambriolages. (16:25)
    La doctrine de la « violence acceptable » dans le maintien de l’ordre. (36:51)
    Lieux et cas
    Le bois de Boulogne, exemple de demande absurde de caméras. (12:39)
    Les Jeux olympiques de Paris : des millions de spectateurs, sans violence. (33:02)
    Le Salvador et ses centres de détention de masse. (43:21)
    Neuilly-sur-Seine, la ville la plus équipée en caméras, dont le nouveau maire a été élu pour en installer davantage. (51:21)
    Château-Rouge et la Goutte d’Or (18e), comparés aux 7e et 16e arrondissements. (53:42)
    Le 19e arrondissement, où Nicolas est élu. (52:16)
    Le Cap (Afrique du Sud), exemple de privatisation de la sécurité. (55:23)
    L’affaire de la petite Lyana : un agresseur déjà connu des services de police. (59:00)
    Institutions, lois et dispositifs
    La préfecture de police de Paris, « un État dans l’État ». (24:35)
    La loi de 2021 qui autorise Paris à créer sa police municipale. (25:21)
    Le projet de loi qui élargit les pouvoirs judiciaires des polices municipales. (42:33)
    Le débat sur une loi intégrale contre les violences faites aux femmes. (21:43)
    Les campagnes de la police municipale parisienne contre les outrages sexistes. (21:43)
    Les équipes de médiateurs contre les rixes entre bandes. (31:05)
    L’école parisienne du travail d’intérêt général. (01:02:22)
    Médias
    Les chaînes d’information en continu. (15:01)
    The Conversation, où j’ai lu l’article sur le Salvador. (43:21)
    Timestamps clés
    00:00 Gauche et sécurité, deux mots incompatibles ?
    02:15 Un livre qui bouscule les deux camps
    04:29 Comment la droite a confisqué le sujet
    07:15 Punir ou prévenir, faut-il choisir ?
    10:24 La nuance, un luxe dans un monde pressé
    11:53 Le mirage des caméras
    14:26 La violence en col blanc oubliée
    16:00 Paris est-elle vraiment moins sûre ?
    17:54 Se méfier des chiffres de la délinquance
    19:37 Violences faites aux femmes : la parole se libère
    23:15 Pourquoi Paris n’avait pas de police municipale
    27:48 Tranquillité publique et police de proximité
    29:45 2 300 policiers, près de 4 000 agents
    32:11 PSG : quand la victoire tourne à la casse
    35:05 La violence est-elle propre à l’humain ?
    38:48 Faut-il armer les polices municipales ?
    43:21 Le modèle du Salvador et l’après-prison
    46:16 Responsabilité individuelle et contexte
    49:30 Supprimer les allocations familiales ?
    51:21 Ceux qui ont le plus peur sont-ils les plus protégés ?
    54:57 Sécurité privée : la leçon du Cap
    58:38 Protéger les femmes et les enfants
    01:01:02 Récidive et travail d’intérêt général
    01:05:32 Claquer la porte à la démagogie

    Suggestion d'autres épisodes à écouter :
    [Solo] La vraie violence est celle dont on ne parle pas (https://audmns.com/COyPqqx)

    #271 Violences policières: autopsie d'une institution avec Mikael Corre (https://audmns.com/DGGYSok)

    #412 Rendre l'avenir aux jeunes avec Antoine Foucher (https://audmns.com/iMMfNSQ)

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
  • Vlan!

    [Solo] Obama a fait le pitch de mon livre sur scène

    22.10.2026 | 33 Min.
    Épisode solo donc nécessairement pas d'invité pour la version longue et parlée de ma newsletter.
    Samedi 10 octobre, à Lisbonne, j'ai écouté Barack Obama pendant une heure . Il n'a rien dit d'extraordinaire, pas une idée que je n'avais jamais entendue, et pourtant je suis ressorti de la salle complètement abasourdi. J'aurais pu le regarder chez moi en vitesse 1,5, avec la transcription ouverte à côté. J'ai préféré prendre deux places, embarquer mon ami Roman, et découvrir sur place qu'avant Obama il y avait quatre heures de conférences en portugais. Ces quatre heures au soleil à parler de nos vies ont été l'un des meilleurs moments de ma semaine, et c'est par là que commence l'épisode.
    Dans cet épisode, nous parlons de ce que ça change d'être là en vrai, avec Hartmut Rosa et sa résonance, Walter Benjamin et l'aura, et Durkheim qui m'oblige à me méfier un peu de mon enthousiasme quand on est douze mille dans une salle acquise d'avance. Je me pose la question qui fâche : est-ce que je suis juste fan ? Obama est-il un héros ou une célébrité connue pour être connue ?
    Puis je raconte ce qu'il a dit. Les métiers du soin qui survivront à l'IA et qu'on paie mal parce qu'on ne sait pas monétiser le fait de prendre soin, et parce que ce sont des femmes qui les occupent. Sa phrase sur la démocratie qui n'est pas efficace. Son premier discours public, « nul » selon ses propres mots, et ce conseil qui retourne complètement Simon Sinek : on ne commence pas par son pourquoi, on commence par un pas. Le G20 qui ressemble à une cour de lycée, et ce que ça libère : personne n'est plus qualifié que vous.
    Et puis il y a ce moment un peu fou où un ancien président des États-Unis, devant une salle pleine de dirigeants qui passent leurs journées à supprimer la friction de leurs parcours clients, explique qu'une rupture par ChatGPT n'est pas une rupture et que les plaisirs de la vie passent par une certaine friction. C'est le sujet exact de mon deuxième livre. J'ai trouvé chez lui presque toutes les capacités que je décris, le recul, la pensée, le lien, le corps et le sens, et je vous les déroule une par une.
    Je termine avec une question, celle qu'Obama nous a posée et que je me pose aussi : quel est votre premier pas ?

    Citations marquantes
    « Obama en vidéo, c'est Obama disponible. Obama en vrai, c'est Obama indisponible. Je crois que c'est ça que j'étais venu chercher, sans le savoir. »
    « Une vie optimisée dans laquelle tout serait contrôlé, ce n'est plus une vie que l'on traverse, c'est une vie que l'on surveille. »
    « Les gens ne sont pas malheureux. Ils vivent leur vie au passif. L'IA leur arrive. Le climat leur arrive. L'extrême droite leur arrive. »
    « Simon Sinek dit "start with why". Obama, lui, dit plutôt "start with a step". »
    « Le sens est un effet secondaire de l'engagement. Si on le vise directement, on le rate, comme on rate le sommeil quand on essaie trop fort de s'endormir. »
    (Bonus, citation d'Obama rapportée dans l'épisode)
    « La machine pense peut-être que son seul travail est de faire les choses de la manière la plus efficace possible, mais il se peut qu'on ne veuille pas d'efficacité pour certaines choses. La démocratie n'est pas efficace. »
    Idées centrales discutées
    1. La friction qu'on ne choisit pas peut devenir le meilleur moment
    ≈ 02:05 Quatre heures d'attente pour soixante minutes de conférence, un ratio désastreux. Et pourtant ces heures au soleil avec Roman ont été le cœur de la journée. Je reprends la grille de mon livre : est-ce que je l'ai choisie, est-ce qu'elle me fait avancer, et la quatrième case, celle des frictions subies qui finissent par nous faire grandir. Pourquoi ça compte : une friction ne dit pas d'avance ce qu'elle va devenir. Ça dépend de ce qu'on en fait et de qui est à côté de nous, ce qui casse l'idée que tout inconfort serait à supprimer.
    2. Être là en vrai n'est pas une version améliorée de la vidéo, c'est une autre expérience
    ≈ 06:25 Praesentia, être devant, la même racine que le présent. Rosa et sa galaxie vue depuis le canapé, une image parfaite et morte. Benjamin et l'aura, ce qui reste hors d'atteinte même à trois mètres. Obama en vidéo est disponible, en vrai il est indisponible, et c'est justement pour ça qu'il touche. Pourquoi ça compte : notre époque veut tout rendre disponible et maîtrisable, et plus elle y arrive, plus le monde devient muet. La résonance ne se commande pas, on peut seulement se mettre dans les conditions pour qu'elle arrive.
    3. Se méfier de son propre enthousiasme
    ≈ 11:55 Durkheim et l'effervescence collective : l'énergie ne vient pas de l'orateur mais du rassemblement. Boorstin et la célébrité « connue pour être connue ». Obama est devenu une marque, avec ses zones d'ombre que je nomme : les drones, Guantánamo, les banques sauvées en premier. Pourquoi ça compte : je ne peux pas critiquer les biais des autres sans regarder les miens. Ce qui reste une fois le fétichisme retiré, ce sont les moments où il a été vulnérable et drôle.
    4. Ce qui survivra à l'IA, c'est le soin et le jugement
    ≈ 16:35 L'enseignante qui prend l'enfant dans ses bras, l'infirmière qui demande des nouvelles de la famille. Ces métiers sont mal payés parce qu'on ne sait pas monétiser le soin et parce que ce sont des femmes qui les occupent. Puis le jugement, avec la Syrie, et la phrase : la démocratie n'est pas efficace. Pourquoi ça compte : les métiers du soin sont précisément des métiers de friction, et à force de vouloir les rendre plus rentables on écrase ce qui en fait le cœur.
    5. Le nihilisme passif est une tristesse au sens de Spinoza
    ≈ 19:05 La question posée à Obama : comment aider les gens à croire de nouveau en leur capacité à changer les choses. Sa réponse : c'est le plus grand défi du moment, parce que les gens ont l'impression que les choses leur arrivent. Je relie ça à la joie rebelle, la joie comme passage à une puissance d'agir plus grande. Pourquoi ça compte : le problème n'est pas que les gens soient malheureux, c'est qu'ils vivent au passif. Agir à son échelle dans un monde qui pousse vers la sidération, c'est déjà résister.
    6. Start with a step : le sens vient après l'action
    ≈ 22:30 Les deux jeunes militants de l'ANC, le premier discours raté d'Obama, et sa leçon : chacun doit se demander quel est son premier pas. Je le mets face à Simon Sinek, rencontré à un Thanksgiving à Williamsburg en 2015, à Rosa et son Beethoven qui ne se demandait pas le sens de la vie, et à Frankl pour qui le bonheur ne se poursuit pas, il s'ensuit. Pourquoi ça compte : toute une industrie du sens fait chercher les gens pendant des années, ils culpabilisent de ne pas trouver et n'agissent pas en attendant. J'ai moi-même fait poser la question du pourquoi à des salles entières, et je pense aujourd'hui que c'était une question mal posée.
    7. S'engager sans s'épuiser : l'échelle et le collectif
    ≈ 28:50 Le burn-out militant existe et touche les plus dévoués. Obama rappelle deux conditions : un sujet à la mesure de son influence, qui est limitée, et jamais seul. Ça rejoint l'hormèse : une petite dose de stress renforce, une grosse détruit. Pourquoi ça compte : la joie a besoin de constater que sa puissance d'agir augmente. Si on ne voit jamais rien bouger, il ne reste que le devoir, et le devoir tout seul finit par vider.
    8. Les plaisirs de la vie passent par une certaine friction
    ≈ 33:58 La rupture par ChatGPT qui n'est pas une rupture, le boucher et le maraîcher qu'on ne connaît plus, et l'appel d'Obama à encourager ces frictions dès maintenant. Puis les capacités de mon livre qu'il a touchées une à une : le recul, la pensée, le lien, le sens. Pourquoi ça compte : un ancien président qui connaît tous les patrons de la Silicon Valley arrive aux mêmes conclusions que moi par un chemin complètement différent. Et en ligne tout est simplifié, alors qu'en vrai les gens sont compliqués, et on ne délibère pas avec des catégories.
    Questions structurantes de l'épisode
    (Format solo : les questions que je me pose à voix haute et qui portent le récit.)
    Pourquoi faire quatre heures de queue pour quelqu'un qu'on peut voir gratuitement en vidéo quand on veut ?
    Une friction qu'on n'a pas choisie peut-elle devenir le meilleur moment de la semaine ?
    Qu'est-ce qui disparaît exactement quand tout devient disponible, accessible, livrable ?
    Quelle part de mon enthousiasme je dois à Obama, et quelle part aux douze mille personnes autour de moi ?
    Obama est-il encore un héros, ou est-il devenu une célébrité connue pour être connue ?
    Pourquoi les métiers qui survivront à l'IA sont-ils justement ceux qu'on paie le moins ?
    Pourquoi avons-nous l'impression que notre vie nous arrive au lieu de la conduire ?
    Faut-il vraiment trouver son pourquoi avant d'agir, ou est-ce l'inverse ?
    Comment s'engager sans finir en burn-out militant ?
    Si le G20 ressemble à une cour de lycée, qu'est-ce qu'on attend pour s'en mêler ?
    Qu'est-ce qu'on perd quand on rompt par ChatGPT ou qu'on se fait livrer sans parler à personne ?
    Quel est votre premier pas, cette semaine, avec deux ou trois personnes ?
    Références citées dans l'épisode
    Personnes et événement
    Barack Obama, conférence à Lisbonne, samedi 10 octobre (00:00) : Une heure sur scène devant 12 000 personnes, après un après-midi de conférences en portugais [À VÉRIFIER : nom de l'événement non mentionné dans la source]
    Roman, mon ami (≈ 02:05) : Les quatre heures d'attente au soleil, la friction qui devient le meilleur moment
    Simon Sinek, TED talk « Start with why » (≈ 24:00) : Rencontré au Thanksgiving 2015 chez Summer Rayne Oakes à Williamsburg ; je retourne son idée en « start with a step »
    Summer Rayne Oakes (≈ 24:10) : L'amie qui m'avait invité à ce Thanksgiving new-yorkais
    Nelson Mandela et l'ANC (≈ 22:30) : Les deux jeunes militants qui ont déclenché l'engagement d'Obama étudiant
    Beethoven (≈ 26:05) : L'image de Rosa : il ne se demandait pas le sens de la vie, il faisait de la musique
    Penseurs et livres
    Hartmut Rosa, la résonance (≈ 07:30) : Interviewé pour Vlan! et pour mon livre (entretien à diffuser bientôt). Les couchers de soleil et le téléphone, le télescope dans le froid contre l'appareil depuis le canapé
    Hartmut Rosa, Rendre le monde indisponible (≈ 09:20) : Notre époque veut tout rendre disponible, et le monde devient muet
    Walter Benjamin, L'œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique (1935) (≈ 10:05) : La notion d'aura, ce qui reste hors d'atteinte même à trois mètres
    Émile Durkheim, l'effervescence collective (≈ 12:45) : Observée dans les rites aborigènes d'Australie ; l'énergie vient du rassemblement plus que de l'orateur
    Daniel Boorstin (1961) (≈ 14:00) : « Une célébrité est une personne connue pour être connue », la distinction entre héros et célébrité
    Spinoza (≈ 19:30) : La joie comme passage à une puissance d'agir plus grande, la tristesse comme ce qui la réduit
    Viktor Frankl, Découvrir un sens à sa vie (≈ 26:40) : Préface d'une réédition : le bonheur ne se poursuit pas, il s'ensuit. La cellule d'accueil des nouveaux déportés dans les camps
    Robert Putnam, Bowling Alone (2000) (≈ 40:30) : L'effondrement des institutions informelles, cité longuement dans mon livre
    Concepts, chiffres et sujets d'actualité
    La grille des frictions de mon livre (≈ 04:25) : Deux questions, quatre cases : choisie ou non, fait avancer ou non
    Étymologie : praesentia, prae-esse, « être devant » (≈ 06:40) : Présence et présent viennent de la même racine
    Bilan d'Obama : guerres par drones, Guantánamo, gestion de la crise financière (≈ 15:00) : Les zones d'ombre que je refuse d'effacer
    Obama la marque : documentaires Netflix, listes de lectures, fondation, centre présidentiel de Chicago (≈ 15:30) : Ce qui complique la frontière entre héros et célébrité
    La Syrie (≈ 17:45) : La décision la plus dure de ses mandats, exemple du jugement humain
    Rupture par ChatGPT ou Instinct (≈ 34:45) : L'histoire racontée par les jeunes de son équipe [À VÉRIFIER : nom exact de l'application « Instinct »]
    L'hormèse (≈ 30:55) : Reprise d'une ancienne newsletter : dose adaptée, ponctuelle, avec récupération
    La démocratie est une friction (≈ 18:50) : Une partie entière de mon livre, qui fait écho à la phrase d'Obama
    Fermeture de 23 000 bars PMU (≈ 40:45) : L'équivalent français de Bowling Alone dans mon livre [À VÉRIFIER : chiffre et période à sourcer]
    Les cinq capacités de mon livre : le recul, la pensée, le lien, le corps, le sens (≈ 37:45) : Retrouvées presque toutes dans le discours d'Obama
    Mes engagements : un café philo à Lisbonne (en pause), un groupe de soutien avec deux amis (≈ 31:35) : Là où j'avance à mon échelle

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