C dans l’air du 12 février 2026 - Otan: le big bang a commencé!
À partir de ce vendredi, et jusqu’à dimanche, se déroulera la Conférence de Munich sur la sécurité. L'édition 2025 avait été marquée par le discours du vice-président des États-Unis, J. D. Vance, contre les démocraties libérales européennes. Un coup de tonnerre diplomatique qui préfigurait la stratégie de sécurité américaine, publiée en décembre 2025. L'Europe y est qualifiée de continent en "déclin", marqué par un risque "d'effacement civilisationnel". Une rupture dans la relation transatlantique.
Un an plus tard, cette nouvelle édition va donc être observée avec attention, d'autant plus qu'il y sera question des suites de la guerre en Ukraine et de la dégradation des relations transatlantiques.
Les ministres de la Défense de l'OTAN se réunissent ce jeudi à Bruxelles. Au cœur des discussions : comment renforcer la sécurité en Europe. Une stratégie qui se concentre sur le Groenland. L’alliance transatlantique vient de lancer sa mission d’« Arctic Sentry » (« Sentinelle arctique »), une activité de surveillance renforcée de la zone pour prendre en compte les inquiétudes formulées par le président américain face à la Chine et à la Russie, mais également pour répondre aux appétits américains sur l’île arctique. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a dit vouloir annexer le Groenland, provoquant l’une des crises les plus graves de l’histoire de l’Alliance atlantique.
« Si quelqu’un pense ici que l’Europe peut se défendre sans les États-Unis, continuez de rêver » a lancé de son côté le secrétaire général de l’Otan et ex-premier ministre des Pays-Bas Mark Rutte aux eurodéputés, lors d’une intervention lundi au Parlement à Bruxelles. « Nous avons besoin les uns des autres », a-t-il encore ajouté. Une sortie qui a fait réagir plusieurs dirigeants européens dont le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. « Non, cher Mark Rutte. Les Européens peuvent et doivent prendre en charge leur sécurité », a écrit le ministre des Affaires étrangères français sur X.
La France, pays européen le plus favorable à une « autonomie stratégique » en Europe, est engagée depuis lundi dans un exercice militaire de grande ampleur, le plus important depuis la Guerre froide : Orion 26. Pendant trois mois, plus de 12 000 militaires français, 25 navires, 140 avions et 1 200 drones vont être mobilisés dans cette simulation de conflit de haute intensité. À leurs côtés : des militaires de 24 autres pays, essentiellement européens, mais aussi américains, canadiens ou émiriens. Une démonstration de force qui vise à s’entrainer à conduire des opérations, tester des innovations, avec également un objectif de dissuasion.
Parallèlement, face à une accélération de la menace, la France a décidé de mettre en place un service national d’une durée totale de 10 mois, rémunéré, ouvert aux jeunes de 18 à 25 ans, sur la base du volontariat. Les candidatures sont ouvertes depuis mi janvier et les candidats sont déjà nombreux : l'armée de l'air a 600 places à pourvoir pour cette année, et en une matinée, elle a reçu 800 candidatures.
Nos experts :
- Général François CHAUVANCY - Rédacteur en chef de la revue Défense de l’Union-IHEDN, l’Institut des hautes études de défense nationale, ancien officier ayant servi à l’OTAN
- Pierre HAROCHE - Maître de conférences en politique européenne et internationale à l’université Catholique de Lille, auteur de, Dans la forge du monde, publié chez fayard
- Isabelle LASSERRE - Correspondante diplomatique au Figaro, autrice de Les fantômes de Munich, publié aux éditions de l’Observatoire
- Alain PIROT - Journaliste, réalisateur, spécialiste des questions de défense