PodcastsLe grand invité Afrique

Le grand invité Afrique

Le grand invité Afrique
Neueste Episode

326 Episoden

  • Le grand invité Afrique

    Ebola: «Cela va prendre du temps, mais on va vaincre», affirme le professeur Jean-Jacques Muyembe

    18.05.2026
    Jean-Jacques Muyembe est une figure mondiale de la virologie. Congolais, il fait partie de l'équipe qui a co-découvert le virus Ebola en 1976. Depuis, il a géré épidémie après épidémie en RDC, souvent dans des zones de guerre, parfois en véhicule blindé. Ce lundi, le directeur de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa répond aux questions de Patient Ligodi sur cette dix-septième épidémie. Il exprime un regret : la détection trop tardive. Et lance un avertissement : personne ne connaît encore l'ampleur réelle de ce qui se passe en Ituri.
    Quand on est l'Institut national de recherche biomédicale (INRB), comment gère-t-on une épidémie dans une zone qui est contrôlée par la rébellion ? Est-ce facile pour vous de pouvoir recevoir les échantillons et faire les suivis comme il le faut, sachant qu'administrativement et politiquement, il y a des défis ?
    Nous avons eu cette expérience en 2018-2020, quand nous avons géré l'épidémie à Mangina, Beni et Butembo. C'était vraiment un grand défi. C'est le plus grand défi, je peux dire, de ma vie, de pouvoir travailler sur un terrain miné par des groupes armés. Mais on parvient toujours à s'entendre, à trouver des solutions pour que le travail puisse se faire dans les meilleures conditions possibles. D'ailleurs, pendant l'épidémie, par exemple, de Beni et Mangina, nous avions perdu un médecin de l'OMS qui a été assassiné, nous avons également perdu une infirmière à Biakato, qui a été attaquée par des groupes armés en pleine nuit. Ils sont entrés dans le dortoir où se trouvaient nos agents et ils ont massacré et blessé beaucoup de personnes là-dedans. Donc, c'est un grand risque. 
    D'ailleurs, moi-même, quand je partais là-bas, je circulais dans un véhicule blindé parce que vous faites la route de Beni à Butembo, la route la plus dangereuse du monde. Donc il faut avoir un véhicule blindé ou bien des hélicoptères qui ont des mitrailleuses. C'était à l'époque de la Monusco. Maintenant, je ne sais pas comment nous allons faire, mais je crois que le ministre va donner des instructions pour que l'on utilise le personnel local. Au lieu de prendre des personnels de Kinshasa – la logistique serait très compliquée –, il vaut peut-être mieux utiliser le personnel local pour avoir la confiance de la population, vous voyez ? Parce que quand nous travaillions là-bas, même nous qui venions de Kinshasa, on nous appelait les étrangers. Alors, j'ai dû changer de stratégie pour donc engager les enfants et le personnel local, pour avoir confiance en la population et travailler en toute confiance avec eux.
    Il y a également Kinshasa. On sait qu'il y a une connexion aérienne entre Bunia et Kinshasa. Il y a eu dans un premier temps un premier cas qui a été signalé comme étant positif.
    Pour les cas qui étaient venus de Bunia, c'était un cas qui était parti à l'enterrement de son père décédé à Bunia. Puis, quand il est revenu, quand on a commencé à parler de cette épidémie, il est venu se présenter spontanément à l'INRB pour faire le test. Mais le test est négatif. Pour le moment, il est gardé en surveillance.
    Eu égard au niveau de propagation, à ce qu'on sait de cette épidémie, s'il y a des actions urgentes à faire pour limiter la propagation et l'évolution de cette épidémie, que faut-il faire ?
    Franchement, pour le moment, personne ne peut donner un chiffre. Personne n'a la maîtrise des chiffres. On ne peut pas dire combien de cas il y a, combien de contacts, combien de décédés d'Ebola. Ils sont en train de travailler. Maintenant, on va faire la liste linéaire de tous les cas suspects et tracer s'il y a des liens entre ces cas. Nous saurons exactement quelle est l'ampleur du problème. Mais pour le moment, c'est simplement la panique parce qu'on dit que c'est une souche nouvelle. En fait, elle n'est pas si nouvelle que cela. Ce n'est pas la souche la plus meurtrière. Même les organismes internationaux doivent mettre un peu d'eau dans leur vin, se calmer et attendre que les premières investigations nous disent exactement quand cette maladie a commencé, combien de cas, quels sont les contacts, et ainsi de suite. Nous commencerons alors à parler de l'ampleur de l'épidémie.
    À lire aussiEbola: de Mongwalu à Goma, comment une épidémie a traversé une ligne de front
  • Le grand invité Afrique

    La souche «Bundibugyo» d'Ebola «n'a aucun vaccin, aucun médicament disponible», explique le Dr Jean Kaseya

    16.05.2026
    Une nouvelle épidémie d'Ebola déclarée en République démocratique du Congo, dans la province de l'Ituri, ainsi que dans deux pays voisins, l'Ouganda et le Soudan du Sud. L'information a été confirmée par l'OMS et l'agence sanitaire de l'Union africaine, Africa CDC. Plusieurs dizaines de cas ont déjà été recensés et de nombreux décès enregistrés. La RDC reste le foyer principal de cette épidémie, et une nouvelle souche de contamination y a été découverte. Cette dernière, explique le Dr Jean Kaseya, épidémiologiste et directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), ne dispose pour le moment ni de vaccin, ni de traitement.
    RFI : Le 5 mai 2026, l'Organisation mondiale de la santé a reçu un signal de cas suspects et a envoyé une équipe sur le terrain. Les premiers échantillons testés à Mungbwalu étaient négatifs. Ce n'est que le 15 mai que l'Institut national de recherche biomédicale a confirmé les cas positifs. Deux jours se sont écoulés. Ce délai a-t-il aggravé la situation ?
    Dr Jean Kaseya : On peut dire que tout délai dans une flambée d'Ebola est préoccupant, mais que les premiers échantillons négatifs ne suffisent pas à exclure une flambée. Cela peut dépendre du moment du prélèvement, de la qualité de l'échantillon, du choix des cas testés, du transport ou de la dynamique de transmission. Nous devons examiner la chronologie complète avant de conclure que ce délai a aggravé la situation. Ce que nous savons, c'est qu'Ebola exige une réponse immédiate dès le signal et cela signifie l'investigation, l'isolement, la recherche des contacts, le contrôle des infections et la communication communautaire. Voilà pourquoi Africa CDC travaille avec les gouvernements à accélérer la confirmation, à renforcer les laboratoires, à reconstituer les chaînes de transmission et à réduire tout nouveau délai opérationnel.
    Le patient zéro a-t-il été identifié ?
    Le patient zéro n'a pas été publiquement confirmé. À ce stade, les enquêtes épidémiologiques sont en cours pour établir la chronologie des premiers cas, les expositions possibles, les événements communautaires, les soins reçus. Vous savez, les funérailles et les déplacements sont aussi d'autres facteurs. Les informations venant de la communauté sont importantes et doivent être écoutées. Nos équipes travaillent avec le gouvernement et d'autres partenaires pour que nous puissions vérifier scientifiquement avant de parler du patient zéro.
    On parle de la RDC, mais d'autres pays seront également impactés, l'Ouganda et le Soudan du Sud notamment. Vous confirmez ?
    Effectivement, la situation est confirmée en Ouganda. On parle de la même souche qui vient d'être confirmée en RDC. Il s'agit de la souche « Bundibugyo » et on parle de cas importés en Ouganda venant de la RDC, dont une personne est déjà morte. Actuellement, nous sommes en train de travailler sur la détection rapide pour renforcer la surveillance. On est en train de rechercher les contacts, de faire de la prévention et le contrôle des infections. Nous avons aussi la communication avec les communautés, bien sûr, les enterrements sûrs et dignes au niveau du Soudan du Sud. Nous activons la pression maximale en termes de prévention et surtout de détection accélérée s'il y avait un cas.
    Pour revenir à la RDC, c'est la 17e épidémie que connaît le pays depuis 1976. Mais cette fois, ce n'est pas la souche Zaïre. Le séquençage est en cours. Vous avez évoqué tout à l'heure le nom de la nouvelle souche. Pouvez-vous nous rappeler de quelle souche il s'agit ?
    Généralement, nous parlons des trois souches. Il y en a une vingtaine, mais généralement on parle de trois souches pour Ebola : la souche « Zaïre », que l'on connaît, la souche « Soudan », et la souche « Bundibugyo ». C'est de celle-là dont on parle. Cette souche n'a pour le moment aucun vaccin disponible, aucun médicament disponible. Nous avons des vaccins candidats, des médicaments candidats sur lesquels nous sommes en train de travailler. Aujourd'hui (vendredi 15 mai, NDLR), mon équipe a eu une réunion avec tous les partenaires et les industriels pharmaceutiques qui ont des produits sur lesquels on fait des études, et donc nous saurons vous informer un peu plus dans les prochains jours.
    Dernière question, quelle est votre plus grande crainte dans les prochaines 72 heures ?
    La crainte des chaînes de transmission invisibles, des contacts qui ne sont pas listés, des personnes exposées qui se déplacent vers Bunia, vers l'Ouganda, vers le Soudan du Sud, des soignants qui sont exposés sans protection suffisante et surtout des décès communautaires sans enterrements. Les prochaines 72 heures doivent servir à passer d'un signal inquiétant à une réponse structurée, où nous allons lister les contacts. On va prendre des soins sécurisés, on va renforcer les laboratoires et on va avoir des communautés informées. À ce moment-là, je peux commencer à dire que nous pourrions contrôler cette épidémie dans les semaines qui viennent.
    À lire aussiRDC: nouvelle épidémie d'Ebola en cours en Ituri, la société civile appelle à éviter le pire
  • Le grand invité Afrique

    Succès Masra, «enfermé injustement et souffrant, a besoin d'une prise en charge médicale», alerte sa sœur

    15.05.2026
    Au Tchad, voilà un an que l'opposant Succès Masra est en prison. À la suite de son arrestation, l'ancien Premier ministre a été condamné à vingt ans de prison pour avoir diffusé en 2023 un message qui, selon le tribunal, aurait provoqué, deux ans plus tard, de graves violences intercommunautaires dans le sud du Tchad. À la tête de son parti les Transformateurs, Succès Masra est arrivé officiellement deuxième à la présidentielle de 2024, avec 18% des voix. Depuis un an, de nombreuses voix s'expriment en sa faveur. Parmi elles, il y a sa sœur, Chancelle Masra, qui vit en France. 
    RFI : Avez-vous des nouvelles de votre frère ?
    Chancelle Masra : J'ai eu des nouvelles. Il est toujours enfermé injustement et toujours souffrant. Cela a été déclaré officiellement. Il a besoin d'une prise en charge médicale qui n'existe pas sur le plateau tchadien. Il est toujours enfermé, sans preuve, sans témoignage. Il est clair qu'il s'agit d'une injustice.
    On dit qu'il souffre de problèmes respiratoires.
    Exactement. C'est un retour qu'on a eu des médecins. Ce n'est pas moi qui le dis en tant que sœur. Il a besoin d'analyses complémentaires et il n'est pas possible de pouvoir faire ces analyses sur le plateau au Tchad.
    Savez-vous où il est détenu à N'Djaména ?
    Il est détenu dans un endroit où il y a des militaires, dans lequel il est enfermé dans une pièce de même pas quinze mètres carrés où il ne voit pas la lumière du jour depuis le 16 mai 2025.
    Est-il toujours dans un bureau de la coordination de la police judiciaire ?
    Exactement. Toujours au même endroit, sans lit, sans conditions dignes, sans sport, sans lumière du jour. Toujours enfermé là.
    Peut-il recevoir des visites ?
    On s'est battu pendant longtemps pour qu'il puisse avoir le droit de voir ses médecins, ce qui n'était pas possible au départ. Qu'il puisse aussi avoir la visite de ses avocats, ce qui est un droit fondamental, et que ma mère puisse aller le voir de temps en temps.
    De fait, a-t-il pu recevoir toutes ces visites ?
    Il a pu les recevoir. Pour la famille, il faut une autorisation à chaque fois et les avocats y vont régulièrement.
    Et il a pu voir sa mère ?
    Il a pu la voir.
    A-t-il des contacts téléphoniques avec d'autres personnes ?
    Absolument pas. Ils ont confisqué tous ses appareils électroniques, ordinateur, téléphone. Il n'a pas du tout la possibilité d'avoir un contact téléphonique, ni avec sa fille, ni avec sa femme, ni avec moi-même qui suis sa sœur.
    Certains disent à N'Djaména qu'il aurait reçu soit la visite, soit un appel de la part d'une autorité politique tchadienne. Avez-vous entendu parler de cela ?
    Honnêtement, je n'ai pas entendu parler de cela.
    Donc pas de contact avec le pouvoir ?
    Pas à ma connaissance, en tout cas.
    Sur le plan judiciaire, Succès Masra a été condamné en août dernier à 20 ans de prison pour incitation à la haine et à la violence, à la suite d'affrontements meurtriers entre deux communautés au sud du Tchad, dans le Logone occidental. Où en est sa situation maintenant ?
    Une chose est sûre, c'est que nous parlons aujourd'hui d'un innocent. Juridiquement parlant, le dossier est vide. Il n'y a pas de fait, il n'y a pas de preuve, il n'y a pas de témoignage pour attester qu'il y aurait une quelconque implication de quelqu'un qui – je le rappelle, depuis 2018 où il a créé son parti politique – n'a prôné que le dialogue, jamais la violence envers qui que ce soit. Vous avez vu l'ensemble des marches qu'il a organisées depuis 2018. C'est quelqu'un qui a accepté également de signer, dans un contexte tendu, un accord de paix et de dialogue avec le gouvernement [en 2023], qui a accepté d'être Premier ministre sans prendre un seul sou parce qu'il a renoncé à l'entièreté de son salaire. C'est un don de soi pour le progrès, pour que le Tchad puisse s'appuyer sur ses deux pieds, comme il aime à le dire, à la fois le développement mais également le pilier sécuritaire pour que ce pays puisse avancer. Succès Masra, ce n'est pas quelqu'un qui va aller inciter les gens à la haine. Il a démontré le fait qu'il est quelqu'un de pacifique. Enfermer quelqu'un de non-violent ne permettra absolument pas de résorber les tensions.
    Votre frère clame son innocence, mais a-t-il fait appel ?
    Il a fait appel.
    Sait-on quand aura lieu le procès en appel ?
    Justement, on n'en a aucune idée. Aucun retour. Silence radio. Enfermer ainsi un innocent sans preuve pendant longtemps et le priver de sa liberté n'est pas quelque chose qui devrait exister. Je remercie d'ailleurs l'Union européenne de s'être prononcée sur le sujet, en rappelant qu'il faut respecter les droits existants au Tchad.
    Pour le huitième anniversaire du parti Les Transformateurs, votre frère a fait un message dans lequel il s'adresse au président Mahamat Idriss Déby et lui demande de réparer une erreur judiciaire.
    Tout le monde sait que c'est une erreur judiciaire... Dans la bonne foi de mon frère, on a envie de croire que c'est une erreur judiciaire qui devrait être réparée. Dans un pays qui se dit démocratique, la souveraineté de la justice est quelque chose de fondamental. Nous ne devons pas utiliser la justice pour régler des comptes avec des gens qui sont des opposants pacifiques, non-violents. C'est important. Au-delà de notre famille, l'enjeu de la libération de Succès Masra va au-delà de sa personne et de ce que nous pouvons ressentir en tant que famille.
    Ces derniers jours, le climat politique s'est à nouveau tendu au Tchad avec les huit opposants du GCAP qui ont été condamnés à huit ans de prison pour ne pas avoir respecté la mesure de dissolution de leur parti décidée par la Cour suprême. Cela vous inquiète-t-il ?
    En tant que jeune, c'est une situation qui m'inquiète énormément par rapport à la démocratie. On voit que le climat politique au Tchad est en train de se dégrader de jour en jour. Si les opposants ne peuvent pas s'exprimer, on n'est pas en démocratie, tout simplement. Et je souhaiterais que tous les opposants puissent aussi se prononcer sur la situation, sans toutefois se retrouver condamnés parce qu'ils ont voulu organiser une marche pacifique.
    Le ministre tchadien de la Communication, Gassim Cherif Mahamat, réplique que si, l'opposition a le droit de s'exprimer, la preuve, elle est représentée à l'Assemblée nationale et au Sénat. Et que, s'il y a des opposants en prison, c'est parce qu'ils n'ont pas respecté la loi.
    Vous savez, moi je suis une passionnée de géopolitique. Invitez-moi une prochaine fois, je serai heureuse d'aborder ces sujets avec vous. Mais aujourd'hui, je suis là pour parler du cas de mon frère qui est enfermé au Tchad.
    Il y a des défections dans le parti de votre frère, Les Transformateurs, puisque l'ancien vice-président Sitack Yombatina est devenu ministre de l'Enseignement supérieur. L'ancien numéro deux, Moustapha Masri, est devenu secrétaire général de la présidence. Tout cela n'est-il pas décourageant pour votre frère qui voit que son parti est en train de s'affaiblir ?
    Il ne voit absolument pas que son parti est en train de s'affaiblir. Vous évoquez deux noms sur des milliers de « transformateurs » qui se retrouvent partout dans le monde, dans la diaspora. Vous savez, quand il était Premier ministre, beaucoup de Tchadiens, un peu partout dans le monde, ont pris la décision de repartir au Tchad pour bâtir le pays. C'est un exemple concret que je vous donne pour vous faire comprendre que c'est quelqu'un sur qui les gens savent pouvoir compter pour bâtir le pays. Que deux personnes soient parties pour des raisons qui leur sont propres ne veut pas dire que Succès Masra penserait que son parti est en train de s'affaiblir, au contraire. Pas du tout.
    Pour la libération de votre frère, vous comptez beaucoup sur la mobilisation internationale. Mais franchement, la communauté internationale est-elle au rendez-vous ?
    Sans réfléchir, je vous dirai oui. Parce que, toute la famille et moi, on a senti beaucoup de solidarité exprimée. Ceux qui ne peuvent pas s'exprimer officiellement nous ont reçus. Que ce soit les amis de mon frère qui sont influents un peu partout dans le monde, en Europe, en Afrique, en Asie, aux États-Unis, les organisations internationales, Amnesty International, que ce soit aussi Human Rights Watch, ACAT France. Merci infiniment pour cette mobilisation, parce qu'entre nous, je suis convaincu que c'est ce qui a maintenu aussi mon frère en vie. Je suis heureuse parce qu'aujourd'hui je suis en France, je peux prendre la parole et je jouis de ma liberté d'expression. Mais il serait bien que dans d'autres pays, notamment en Afrique et au Tchad, d'autres puissent également jouir de cette liberté d'expression qui est complètement éteinte.
    Ce n'est pas la première fois que votre frère est en butte à la justice tchadienne. Après le jeudi noir du 20 octobre 2022, il avait dû s'enfuir à l'étranger. C'était le président congolais Félix Tshisekedi qui avait fait médiation et qui avait permis son retour au Tchad un an plus tard. Y a-t-il eu de nouvelles médiations du côté de chefs d'États africains aujourd'hui ?
    Pour être honnête avec vous, je ne fais pas de politique. Moi, je suis là en tant que sœur. Donc je ne pourrai pas me prononcer là-dessus parce que je n'en ai tout simplement pas la visibilité. S'il y a des médiations, cela se fait du côté diplomatique. Mais il y a une chose que je sais, c'est que Monsieur Mahamat Idriss Déby a été reçu le 29 janvier 2026 à l'Élysée. Ce canal diplomatique – qui a été coupé entre 2024 et 2026 – a été rétabli. Je demanderais à chacun de prendre sa responsabilité. Il ne faudrait pas, sous prétexte de la lutte contre le terrorisme, abandonner la défense des innocents et également le droit à la liberté d'expression et le respect des droits humains. C'est important.
     
    À lire aussiCondamnation de huit opposants au Tchad: «Le système en place souhaite qu’on ferme la bouche», assure leur coalition
  • Le grand invité Afrique

    «Les Maliens aiment leur armée et leur pouvoir», assure Moussa Ag Acharatoumane, du Conseil national de transition

    14.05.2026
    Au Mali, les autorités de transition restent fermement résolues à combattre les groupes armés. Les jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda, et les rebelles indépendantistes du FLA ont mené le 25 avril une série d'attaques massives et, pour la première fois, conjointes, qui leur ont permis de tuer le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, et de prendre le contrôle de Kidal. Depuis, le Jnim a décrété un blocus sur la capitale Bamako et multiplie les attaques. Pour autant, l'armée malienne et ses partenaires russes de l'Africa Corps poursuivent leurs opérations et affichent leur détermination. Moussa Ag Acharatoumane est membre du Conseil national de transition, qui fait office au Mali, en l’absence d’élections depuis bientôt six ans, d'organe législatif. Il dirige également le MSA, groupe politico-militaire de la région de Ménaka, allié des autorités de transition et qui combat avec l'armée malienne et l'Africa Corps russe dans le Nord.
    RFI : Depuis les attaques du 25 avril, les opposants au régime de transition estiment que les autorités sont fragilisées. Les soutiens des militaires au pouvoir appellent au contraire à faire bloc. Pour vous, j'imagine qu'Assimi Goïta est toujours le président dont le Mali a besoin ?
    Moussa Ag Acharatoumane : Bien sûr, Assimi Goïta est toujours le président dont le Mali a besoin. Il continue à gouverner normalement son pays. Je tiens quand même à rappeler que malgré les attaques du 25 avril, le Mali est un État qui est debout, est un État qui agit et les forces de défense et de sécurité ont repoussé les actions terroristes, malgré la complexité des attaques et particulièrement le lot de complices internes et externes. Aujourd'hui, nous avons une armée qui est très soudée, le commandement est ensemble, les soldats sur le terrain ont le moral et les opérations continuent sur l'ensemble du territoire. 
    Les attaques des groupes armés continuent, Bamako est sous blocus, mais le régime est donc solide, prêt à faire face.
    Le régime est solide, j'irai même plus loin : c'est le peuple malien même qui est solide aujourd'hui. Les Maliens aiment leur armée, les Maliens aiment leur pouvoir et les Maliens aiment leur pays. 
    L'alliance, sur le terrain, entre les jihadistes du Jnim et les indépendantistes du FLA, vous en pensez quoi ? 
    Tout le monde connaît ce qu'on appelle al-Qaïda. Les frères qui ont fait ce choix de s'allier à al-Qaïda n'ont pas tiré les leçons de 2012 parce que, en 2012, il y a eu pratiquement la même tentative et le monde entier est témoin de ce qui s'est passé. Et une partie des frères, pas tous, parce qu'il y a une partie de nos frères, malheureusement, qui ne se sont jamais éloignés de la nébuleuse d'al-Qaïda, mais par contre, certains ont toujours été des grandes victimes de cette organisation, y compris certains de leurs premiers responsables, dont les familles ont été décimées par al-Qaïda. Et c'est le même al-Qaïda qui est là, et c'est le même al-Qaïda aussi qui est auteur de l'assassinat de Ghislain Dupont et Claude Verlon, les journalistes de RFI tués à Kidal (en 2013, assassinat revendiqué par al-Qaïda au Maghreb islamique, dont l’un des commanditaires, Seidane Ag Hitta, est aujourd’hui parmi les principaux dirigeants du Jnim, ndlr).
    On s’en souvient, bien évidemment.
    Cette alliance, c'est une très mauvaise chose. Je pense que nos frères doivent prendre conscience de l'erreur grotesque qu'ils sont en train de faire et revenir en arrière. Ils doivent faire exactement comme le MSA et le Gatia (deux groupes politico-militaires alliés du régime de transition). Ils se sont alliés à l'armée malienne pour combattre le terrorisme international. 
    Les dirigeants du FLA assurent qu'il ne s'agit que d'une alliance militaire contre leur ennemi commun, l'armée malienne et l'Africa Corps, et qu'il n'y a pas, au-delà, de projet commun.
    Quand on voit l'organe officiel d'al-Qaïda à l'échelle internationale mentionner son alliance avec le FLA, quand on voit Iyad Ag Ghali (chef du Jnim, ndlr) coordonner lui-même les opérations sur Kidal à côté d'Alghabass Ag Intallah (l’un des dirigeants du FLA, ndlr), quand on voit les défilés qu'ils ont organisés dans les rues de Kidal, avec les drapeaux noirs mentionnant leur projet satanique. Je le répète, nos frères sont dans l'erreur. Ils ont été victimes de ces gens en 2012 et ce sont les mêmes acteurs qui continuent en 2026. 
    Le Jnim et le FLA contrôlent désormais Kidal et Tessalit. L'armée malienne et l'Africa Corps russe restent présents à Aguelhoc et Anéfis. Est-ce qu'il faut s'attendre à une contre-offensive des forces nationales dans la région de Kidal ? 
    Les forces de défense et de sécurité sont en pleine réorganisation et elles sont bel et bien présentes dans la région de Kidal. Ils sont déterminés, ils vont mener des opérations sur l'ensemble du territoire national et ils ne vont pas céder un centimètre de ce territoire à une organisation terroriste. 
    Le général El Hadj Ag Gamou, nommé gouverneur de Kidal par les autorités de transition en 2023 et que vous connaissez bien : on le dit actuellement à Gao. Est-ce que c'est le cas ? Est-ce qu'il pourrait participer à la contre-offensive sur Kidal ? 
    Le général El Hadj Ag Gamou va très bien, je tiens à rassurer tout le monde là-dessus. Il a le moral très haut, il a les pieds sur terre et la tête haute. Il est gouverneur de la région de Kidal. Les offensives, la réorganisation de l'armée, son redéploiement, les opérations, ça c'est l'armée qui s'en occupe. Lui, sa fonction, c'est d'être gouverneur de cette région. Il va très bien et il n'a pas de problème. 
    Dans votre région de Ménaka, l'armée malienne et l'Africa Corps russe ont repoussé fin avril les offensives de l'État islamique, groupe jihadiste rival du Jnim. Depuis, quelle est la situation dans la ville ? 
    Aujourd'hui, la situation est sous contrôle. L'administration a repris son travail, la vie normale a repris, les forces de défense et de sécurité et leurs partenaires contrôlent la ville, mènent des patrouilles régulièrement. Mais ceci étant dit, la menace est toujours là. Il ne faut pas se leurrer, nous sommes en guerre contre l'une des organisations terroristes les plus dangereuses au monde, donc nous restons sur le qui-vive. Mais pour le moment, à Ménaka, la situation est assez calme. 
    Dialoguer, négocier avec le Jnim et le FLA, c'est aujourd'hui ce que prônent notamment des opposants au régime en place, comme la Coalition des forces pour la République (CFR) de l'imam Dicko. Mais c'est depuis une dizaine d'années une recommandation de toutes les concertations nationales, y compris du dialogue inter-malien organisé sous la Transition. Les autorités actuelles s'y refusent catégoriquement. Vous, vous y êtes favorable ou pas ? 
    En fait il n’y a pas à discuter avec des gens qui ont un projet de destruction de notre pays. L'État malien protège sa population, protège son intégrité territoriale et il n’y a absolument rien à négocier avec ces gens-là en l'état actuel, sauf s'ils revoient leurs pensées et leurs projets. Ce sont des Maliens, s'ils reviennent à de meilleurs sentiments, je pense qu'il y a de la place pour tout le monde, mais pas dans ces conditions. 
    À lire aussiAu Mali, «l’externalisation de la sécurité n’a pas fonctionné», selon Bakary Sambe du Timbuktu Institute
  • Le grand invité Afrique

    Arrestation de l'opposant gabonais Bilie-By-Nzé: pour la présidence, «il n’y a pas de cas particulier»

    13.05.2026
    Au Gabon, la présidence affirme n'être pour rien dans l'arrestation du principal opposant, Alain Claude Bilie-By-Nzé, et déclare même que les portes du Palais lui seront ouvertes le jour où il sera libéré. Le 15 avril, l'ancien Premier ministre Bilie-By-Nzé a été arrêté pour une affaire présumée d'escroquerie qui remonte à 2008. Après-demain, vendredi 15 mai, la justice doit se prononcer pour ou contre sa remise en liberté. S'agit-il d'un règlement de compte politique ? Théophane Nzame-Nzé Biyoghé est le porte-parole du président Oligui Nguema. De passage à Paris, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : L'opposant Alain-Claude Bilie-By-Nzé en prison pour l'histoire obscure d'une dette d'il y a 18 ans qu'il n'aurait jamais payée. Est-ce qu'on ne lui cherche pas des poux dans la tête ? 
    Théophane Nzame-Nzé Biyoghé : Il faudrait se demander qui lui cherche des poux dans la tête. En tout cas, ce que nous, nous constatons en tant que présidence de la République gabonaise, c'est qu'il y a une affaire privée, qu'il y a une personne privée, une dame qui existe, qui est bien réelle, qui vit au Gabon et qui a déposé une plainte. Je note que nous avons des milliers de compatriotes qui sont sous mandat de dépôt, qui y sont depuis plusieurs années pour certains, et leur sort ne semble pas offusquer autant que celui d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé. Et donc, je pense que ces justiciables sont tout aussi humainement dignes et méritent qu'on s'y intéresse aussi. Donc, il n’y a pas de cas particulier. 
    La plaignante qui se réveille au bout de 18 ans pour réclamer une dette de quelque 5 millions de CFA, c'est-à-dire quelque 8 000 euros, est-ce qu'il n'y a pas derrière un règlement de compte politique ? 
    Ce n'est pas notre sujet, ce n'est pas le sujet de la présidence de la République. En France, où un ancien chef d'État a été condamné par la justice française, personne n'a pointé du doigt le président Macron. En France, où une dirigeante de parti, à droite, je dirais même à l'extrême droite, a été condamnée par la justice française, personne n'a pointé du doigt une fois encore le président Macron. Pourquoi voulez-vous que, lorsqu'il s’agit du Gabon, lorsqu'un opposant est inquiété par la justice comme n'importe quel autre citoyen pourrait l'être, il faille pointer du doigt le président de la République ? 
    Alors vous dites que Bilie-By-Nzé est un justiciable comme un autre, mais c'est tout de même le seul opposant d'envergure dans votre pays. S'il reste en prison, est-ce que vous ne craignez pas que cela ternisse l'image de la jeune démocratie gabonaise ? 
    Alors vous dites opposant d'envergure, mais que doit-on faire ? Est-ce qu'on veut que, paradoxalement, la présidence, parce qu'il s'agit de Monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nzé, décide de s’immiscer dans des affaires de justice pour demander sa libération ? Non, ce serait absurde et donc, nous nous occupons, le président de la République s'occupe d’animer l'exécutif, le système judiciaire est indépendant et il s’administre selon les règles prescrites et consacrées dans nos textes de loi.  
    Et vous pensez que Alain-Claude Bilie-By-Nzé pourrait rester en prison plusieurs mois, voire plusieurs années ? 
    Je n'ai rien à penser là-dessus. Nous constatons qu'il est sous mandat de dépôt et puis, lorsqu’il sera libéré par la justice gabonaise, eh bien, nous constaterons sa libération. Dans tous les cas, nous ne sommes pas là à souhaiter qu'un compatriote soit enfermé pour quelque fait que ce soit. Nous voulons simplement que la justice s'applique de la même façon à tout le monde.      
    Il pourrait être libéré ce vendredi ? 
    Aucune idée, ce sera à la justice gabonaise d'en décider. 
    À lire aussiGabon: l'opposant Alain-Claude Bilie-By-Nze privé de visite, son parti dénonce une «opération politique»
    Lors de la présidentielle de l'année dernière, le président Oligui Nguema a promis la fin des coupures d'électricité. Mais malheureusement, ça continue. Est-ce que les Gabonais ne risquent pas de se lasser ? 
    Mais ça fait un bon moment que les Gabonais sont las de la situation, de la fourniture de l'eau et de l'électricité. Et donc, c'est l'un des plus gros problèmes auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés. C'est la raison pour laquelle, dans son projet de société, le premier pilier dudit projet était donc dédié à l'accès universel à l'eau et à l'électricité. Donc, des investissements considérables ont été apportés et continuent de l'être. Nous avons acté un certain nombre de solutions transitoires, notamment, je pense à l'accord avec Karpowership… 
    C'est quoi Karpowership ?  
    C'est une société [turque] qui a mis à disposition des plateformes flottantes de production d'énergie. Et donc, sur les mesures structurantes, il convient de dire une chose : aucun dirigeant au monde ne prend plaisir à priver sa population d'électricité et d'eau. La réalité, c'est d'abord de dire que, pendant plus de 40 ans, il y a des investissements qui auraient dû être faits, ils n'ont pas été faits. Et donc, il va falloir faire un effort collectif pour investir davantage, aussi avec le concours de partenaires. Lors d'un séjour au Nigeria, avec Afreximbank, l'État gabonais a pu négocier une enveloppe conséquente de plusieurs milliards de francs CFA pour la construction de centrales énergétiques dans trois villes : Libreville, Port-Gentil dans l'Ogooué-Maritime et Lambaréné dans le Moyen-Ogooué, c'est-à-dire à peu près vers le centre du pays. Et ça, ça prend du temps. 
    On sent monter une grogne sociale au Gabon, on l'a vu notamment avec la grève dans l'Éducation nationale au début de cette année, avec ces délestages, avec ces coupures de réseaux sociaux. Est-ce que vous ne craignez pas que l'état de grâce soit terminé pour le président Oligui Nguema ? 
    Mais personne n'a pensé, et je pense que le chef de l'État ne s'est pas dit, à un moment donné, que les Gabonais lui avaient fait un chèque en blanc et que donc on serait dans un état de grâce qui durerait tant ou tant de mois. Non, non, non. Dès le début, le président de la République, au sortir de l'élection présidentielle, avait dit que ces 94% [qu’il avait obtenus], c'était 94% de problèmes à régler. Le président de la République a, dès le début, pris le taureau par les cornes. Lorsque est survenue cette grève dans le secteur éducatif, tout de suite le président de la République a prôné le dialogue, mais le dialogue permanent. Donc on a défini une méthodologie qui nous a permis d'avoir des résultats.  
    Et pour l'image du président « homme de dialogue », est-ce qu'il ne vaut mieux pas que l'opposant Bilie-By-Nzé sorte de prison ? 
    Vous y revenez… Oui, le président de la République prend toujours plaisir à discuter avec tout le monde et donc le dialogue avait déjà cours, comme je vous l'indiquais, avec Alain-Claude Bilie-By-Nzé, pour qui les portes du palais de la présidence de la République ont toujours été ouvertes. Et donc, nous attendons de voir l'issue qui sera donnée à ses déboires judiciaires. Mais dans tous les cas, les portes de la présidence continueront d'être ouvertes pour lui et pour tous les autres.  
    À lire aussiGabon : l’opposant et ex-Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze a été arrêté, annonce son parti
Über Le grand invité Afrique
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
Podcast-Website
Rechtliches
Social
v6.9.1| © 2007-2026 radio.de GmbH
Generated: 5/18/2026 - 12:58:03 PM