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Le grand invité Afrique

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  • Le grand invité Afrique

    Sahara occidental: «le Maroc sent que c'est le moment ou jamais» pour que l'administration Trump appuie ses positions

    06.08.2026
    Depuis la fin du mois de juillet, les États-Unis multiplient les signes de rapprochement – tant économiques que diplomatiques – avec le Maroc. En 2020, les Américains avaient déjà apporté leur soutien au plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental, en échange d'une normalisation des relations du pays avec Israël. Aujourd'hui, Washington semble prêt à appuyer aussi les revendications marocaines sur les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. La pression sur l'Espagne est immense, alors que des dizaines de milliers de personnes (Marocains et migrants subsahariens) ont investi le territoire de Ceuta la semaine dernière. Riccardo Fabiani, directeur pour l'Afrique du Nord à l'International Crisis Group, revient sur le contexte géopolitique et l'influence des États-Unis dans la région. Il répond aux questions de Liza Fabbian.
     
    RFI : Il y a quelques jours, le roi du Maroc, Mohammed VI a annoncé que la voie express reliant Tiznit et Dakhla au sud du pays sera baptisée l'autoroute Donald J. Trump. Pourquoi un tel honneur ?
    Riccardo Fabiani : Cela fait partie de la stratégie du Maroc pour essayer de courtiser l'administration Trump et surtout de faire que cette administration continue de soutenir la position marocaine pendant les pourparlers pour la résolution du conflit au Sahara occidental. Cela constitue en fait l'objectif primaire du Royaume. Pour le Maroc, il s'agit de continuer de donner aux États-Unis des signaux, des petites concessions pour que les États-Unis et surtout le président Trump continuent de soutenir la position marocaine jusqu'au bout pendant ces pourparlers extrêmement délicats.
    Fin juillet, l'ambassadeur des États-Unis au Maroc s'est rendu à Laâyoune, au cœur du Sahara occidental, pour signer l'attribution d'une subvention américaine en vue de la création d'une unité de production d'hydrogène et d'ammoniac. Que sait-on des ambitions américaines, notamment économiques, au Sahara occidental ?
    Quand on parle de l'administration Trump, on parle aussi de l'administration qui est très intéressée par des accords économiques, qui puissent être dans l'intérêt des États-Unis et surtout des entreprises américaines. Cela fait vraiment partie du logiciel de cette administration. Je dirais que la construction de cette usine fait partie de cette approche et de cette stratégie américaine dans la région, mais aussi dans le reste du monde.
    Deux élus américains ont présenté un projet de loi. Ils viennent de le présenter pour étudier la désignation du Front Polisario comme une organisation terroriste étrangère. Que pensez-vous de cette initiative ?
    Il y a vraiment une stratégie à 360 degrés du Maroc pour essayer d'avancer ses pions au sein de l'administration Trump, mais aussi dans les autres institutions démocratiques américaines. Parce que le Maroc sent que c'est le moment ou jamais. Il y a vraiment une possibilité avec cette majorité républicaine d'arriver à exclure le Front Polisario des futurs pourparlers, des futurs efforts pour résoudre ce conflit.
    Justement, ces deux députés veulent que le Congrès examine les liens que le Polisario entretiendrait avec l'Iran. En quoi le conflit entre les États-Unis et l'Iran joue-t-il un rôle dans ce contexte ?
    Je dirais qu'il y a un effort de la part du Maroc et donc des lobbies marocains aux États-Unis d'essayer d'utiliser ce discours très anti-iranien – bien évidemment alimenté par le conflit actuel entre l'Iran et les États-Unis – pour donner encore plus de force au discours marocain sur le Sahara occidental. Dans la réalité et dans les faits, il n'y a vraiment rien qui lie le Polisario à la question de l'Iran ou à la question du Hezbollah au Liban. Il y a donc aussi ce lien avec Israël. Comme on le sait, en 2020, l'administration Trump a reconnu la souveraineté marocaine au Sahara occidental en échange de la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël. Il y a toujours une tentative de la part du Maroc de lier le conflit mené par Israël dans la région avec ses efforts contre le Front Polisario et vis-à-vis de l'Algérie et cette tentative de faire une liaison entre des conflits qui sont en fait complètement séparés et différents.
    Vous avez évoqué l'Algérie. Le 20 juillet, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, s'est rendu à Alger, soutien des indépendantistes du Front Polisario. Lors de cette visite, le Premier ministre espagnol a dit vouloir approfondir les liens avec un « partenaire stratégique ». Comment cette visite a-t-elle été perçue au Maroc ?
    Il s'agit d'une visite qui avait été communiquée en avance de la part des Espagnols à leur partenaire marocain. Je doute donc qu'elle ait représenté une surprise pour le Maroc. En fait, la normalisation des relations diplomatiques entre l'Espagne et l'Algérie ne pose pas de problèmes aux intérêts marocains parce que la position espagnole en faveur du plan d'autonomie marocain au Sahara occidental n'a pas changé et ne changerait pas, simplement parce que Pedro Sanchez a visité Alger et a rencontré le président Tebboune.
    Donc vous, vous ne voyez pas un lien entre cette visite et la récente crise migratoire à Ceuta comme certains ?
    Selon moi, il ne s'agit pas en fait de l'hypothèse la plus crédible. Ceuta est considérée par le Maroc comme un territoire occupé. Et en même temps, Israël et les États-Unis considèrent  l'Espagne comme un État qui continue de s'impliquer aux côtés des Palestiniens à Gaza et qui est resté neutre pendant le conflit avec l'Iran. Ce ne serait donc pas impossible d'imaginer que le Maroc ait essayé un peu d'envoyer des messages en même temps sur Ceuta et à Israël et aux États-Unis, en facilitant un mouvement migratoire vers Ceuta. Je ne crois pas que le Maroc ait fabriqué entièrement cette crise. Il s'agit probablement d'une crise plutôt spontanée qui a été facilitée par le Maroc et utilisée comme un message vers l'Espagne.
    À lire aussiAu Maroc, les États-Unis réaffirment soutenir la solution marocaine sur le Sahara occidental
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    Secrétariat général de l'ONU: Macky Sall est «celui qui est en plus grande difficulté», selon Carlos Lopez

    05.08.2026
    À l’ONU, la course est encore longue, mais les choses se précisent. Le successeur d’António Guterres pour le poste de secrétaire général sera connu en octobre. D’ici là, des votes indicatifs vont s’enchaîner, ils permettent d’affiner les pronostics. Et pour le moment, les deux candidats du continent africain (le Sénégalais Macky Sall et l’Ougandais Olara Otunnu) n’ont pas convaincu. Professeur de droit en Afrique du Sud, Carlos Lopes a été secrétaire exécutif de la Commission économique de l’ONU pour l’Afrique. Il analyse les chances du continent pour obtenir ce poste prestigieux. Il répond aux questions de Guillaume Thibault.
    RFI : Le premier vote indicatif du Conseil de sécurité a vu la candidate du Costa Rica, Rebeca Grynspan, plébiscitée. Un vote décevant pour les deux candidats de l'Afrique, le Sénégalais Macky Sall et l'Ougandais Olara Otunnu ?
    Carlos Lopes : Le premier vote indicatif, à mon avis, ne bouleverse pas l'analyse politique des candidatures africaines qui étaient déjà un peu présentes. Il la confirme plutôt. Dans le cas de Macky Sall, le soutien officiel finalement apporté par le président Bassirou Diomaye Faye est venu un peu tard et n'a pas pu rétablir une cohérence institutionnelle, si je peux dire comme ça, parce que le Sénégal reste profondément divisé sur son héritage, sur sa candidature. Le Sénégal a également profondément divisé la sous-région et je pense que la candidature est mal partie. Pour Olara Otunnu, c'est très différent. Il reste une personnalité respectée dans l'histoire des Nations unies. Mais en tant que représentant permanent de l'Ouganda, il avait été un des principaux artisans de l'introduction de ce qu'on appelle maintenant le vote indicatif « straw poll » (un vote informel, ndlr). Mais cette contribution historique ne suffit pas à compenser son entrée tardive. Il a un parcours politique assez difficile à déceler, avec des zigzags, avec des difficultés dans ses relations avec le président actuel. Son prestige diplomatique appartient davantage à l'histoire qu'à son présent politique.
    Est-ce que cette candidature ougandaise vient affaiblir l'Afrique et donc affaiblir Macky Sall ?
    Je pense qu'il y a un autre élément qui mérite d'être souligné et qui affaiblit n'importe quelle candidature africaine. En maintenant ces candidatures dans une élection, le principe de rotation régionale favorise clairement l'Amérique latine et les Caraïbes. Je pense que l'Afrique prend le risque d'apparaître comme remettant en cause le principe dont elle a elle-même largement bénéficié par le passé. Les deux secrétaires généraux africains, Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan, avaient pu compter sur un soutien très large des autres régions du Sud, précisément parce qu'elles respectaient cette logique de rotation. Affaiblir aujourd'hui ce principe pourrait créer un précédent dont l'Afrique elle-même pourrait pâtir. Et je pense que c'est ça qui affaiblit au départ déjà ces deux candidatures.
    Est-ce que Macky Sall doit aller chercher le soutien officiel de l'Union africaine pour peut-être justement changer la donne ?
    D'abord, il n'y a pas vraiment de possibilité de le faire. Du point de vue des procédures, ce serait extrêmement compliqué. Cela exigerait presque une réunion exceptionnelle du Conseil exécutif de l'Union africaine, qui n'est pas prévue pour le mois prochain jusqu'à la fin de l'élection. Mais du point de vue politique aussi, ce serait très difficile de mobiliser les pays qui ont démontré de la résistance. Il y avait tous les grands pays qui étaient du côté de la Résistance, justement parce qu'ils ont invoqué le principe de la rotation régionale. Je pense donc que c'est vraiment difficile de pouvoir convaincre l'Union africaine après que le pays qui est responsable de la présidence rotative, le Burundi, ait dépassé un peu son rôle et proclamé cette candidature sans passer par les procédures habituelles. Il y a donc beaucoup de malentendus et de difficultés politiques qui ont été créés et qui rendent cet appui de l'Union africaine pratiquement impossible.
    Macky Sall, qui a rencontré depuis le mois de mars les quinze membres du Conseil de sécurité, a obtenu six bulletins favorables, sept bulletins défavorables et deux sans opinion. La candidature de Macky Sall est-elle encore légitime ? Doit-il la retirer ?
    Il a fait un communiqué en disant qu'il continue avec sa candidature et je pense que c'est une décision qui est logique pour lui. Les premières consultations servent davantage à mesurer les équilibres qu'à désigner un vainqueur. Mais bien sûr, si on regarde tous les candidats qui se sont présentés à ce premier vote indicatif, il est celui qui est en plus grande difficulté, de loin.
    Le turnover au poste de secrétaire général des Nations unies n'est pas obligatoire, mais il est souvent cité. Cette année, c'est au tour de l'Amérique latine. Peut-on espérer voir une femme obtenir pour la première fois le poste de secrétaire général ?
    Je pense que les deux mieux placées après ce premier vote sont Rebeca Grynspan et Carolyn Rodrigues-Birkett. Je pense qu'elles ont vraiment fait un parcours remarquable toutes les deux. Je pense donc qu’on a une vraie chance qu’une de ces deux puisse éventuellement obtenir le poste. C'est une dimension qui est devenue politique par ailleurs. Après près de 80 ans d'existence sans aucune femme au poste de secrétaire général, de nombreux États considèrent que le moment est venu de corriger cette anomalie historique.
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    Abdoulaye Thiam: «Les intérêts de la CAF ne sont pas les mêmes que ceux des Européens»

    04.08.2026
    La Fifa a finalement renoncé à son projet d’ouvrir à des investisseurs privés le capital d’une société commerciale liée à la Coupe du monde qui a suscité une forte opposition, notamment en Europe et en Amérique du Nord. En Afrique en revanche, la Confédération africaine de football (CAF) s’est montrée beaucoup plus prudente. Pourquoi cette différence ? Que révèle-t-elle du rapport de force entre la Fifa et le football africain ? Abdoulaye Thiam, journaliste sportif, est l'invité de Sophiane Amazian.
    RFI : Le projet de Gianni Infantino d'ouvrir une société commerciale pour vendre une partie de la Coupe du monde à des investisseurs étrangers est finalement abandonné, êtes-vous surpris de ce rétropédalage ?
    Abdoulaye Thiam : Non pas du tout. Je ne suis pas surpris. Je pense d'ailleurs que c'est une excellente chose de la part même du président Gianni Infantino, qui prône quand même l'unité du football. Quand on parle de l'unité avec un projet, qui a fini par diviser le monde entier, les 54 fédérations qui composent l'UEFA ont rejeté le projet. Il y a une quarantaine de fédérations de la CONCACAF qui ont fait la même chose. La Conmebol est en train de réfléchir. Je pense qu'il était de bon aloi pour lui de revoir sa copie, de faire du rétropédalage pour le bien du football mondial.
    La CAF, la Confédération africaine de football, de son côté a été plus souple dans sa communication et ne s'est pas vraiment opposée. Pourquoi cette prise de position ?
    Je crois que d'abord, les intérêts de la CAF ne sont pas les mêmes que les intérêts européens. Patrice Motsepe semble même pousser les fédérations africaines à aller vers cette direction-là.
    Ce serait seulement l'argument économique et financier qui expliquerait pourquoi les fédérations africaines n'étaient pas vent debout ces derniers jours contre ce projet ?
    Absolument. Il suffit tout simplement de jeter aujourd'hui un coup d'œil sur le calendrier qu'on n'arrive plus à maîtriser. Notre dernière CAN devait avoir lieu aux mois de juin-juillet 2025, mais à cause de la Coupe du monde des clubs, très chère à Gianni Infantino, l'Afrique a basculé sur deux années, fin 2025 et début 2026.
    Il y a donc un double standard, là, de la CAF ? D’un côté elle appuie les décisions du patron de la Fifa, de l’autre elle voit son tournoi continental passer au second plan ?
    Absolument. Mais bon, quand vous regardez quand même l'apport de la Fifa, on peut comprendre certains présidents africains qui ont besoin de cet argent-là. Mais il y avait quand même un énorme danger parce qu'il fallait faire attention à l'exigence de la rentabilité des actionnaires qui vont certainement prendre des décisions futures, notamment sur le calendrier de la Coupe du monde, sur son format, sur les droits de télévision, sur le développement des compétitions. C'est là-bas qu'il fallait mettre particulièrement le curseur. La Coupe du monde de football doit rester un sport très populaire.
    Que représente le président de la Fifa, Gianni Infantino, sur le continent africain ?
    Je pense que s'il y a une élection, il fera le carton plein. C'est 54 sur 54 pays qui vont voter pour lui. Il est vu ici comme étant quelqu'un qui apporte énormément d'argent. Sauf que les gens, ce qu'ils ne disent pas, c'est que ce qu'on donne au Sénégal, ce qu'on donne à la Mauritanie, ce qu'on donne au Maroc, c'est la même chose qu'on donne à la France. C'est quelque chose qui a été voté par le Conseil de la Fifa. Malheureusement, la CAF aujourd'hui, les 54 sont considérés tout simplement comme étant un bétail électoral. Mais quand il s'agit de prendre des décisions, on préfère tourner le dos ailleurs. Surtout encore, vu les dernières décisions qui ont été prises par Gianni Infantino sur le football africain, notamment la non-maîtrise de notre calendrier, notamment les changements de périodes, on va basculer de deux ans vers quatre ans. Ça, c'est un projet qui est très cher à Gianni Infantino. Or, beaucoup de décideurs ne sont pas d'accord avec ce projet-là. Finalement, il a fini par s'imposer parce qu'à partir de 2028, c'est terminé. Il n'y aura plus une CAN tous les deux ans, mais plutôt tous les quatre ans.
    Vous dites que le football africain doit se prendre en main et ne plus dépendre des décisions de Gianni Infantino ?
    Absolument. Moi, je pense qu'aujourd'hui, c'est une grosse aberration. Je trouve même que c'est une honte de voir qu'en 2022 il y a eu 62 matchs qui ont été joués au Maroc, parce que tout simplement il y a plusieurs pays en Afrique, au sud du Sahara, qui ne disposent même pas d'un seul stade répondant aux normes de la Fifa et aux exigences de la CAF. Ça, c'est inacceptable pour un pays qui se dit émergent. Pour un pays qui aime la jeunesse. Parce que quand même, la jeunesse représente plus de 75 % dans la plupart des pays en Afrique, au sud du Sahara. Mais quand il s'agit de jouer un match de football, tout le monde externalise pour aller au Maroc. Là, ce n'est pas la faute de Gianni Infantino, ce n'est pas non plus la faute du Maroc. C'est tout simplement parce que les autorités n'ont pas fait le travail pour lequel elles ont été élues. Il va falloir quand même balayer devant sa porte avant de chercher un bouc émissaire.
    À lire aussiFifa: perte de confiance, appel à la démission, Infantino peut-il tenir ?
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    Cameroun: Paul Biya «est en vie…Il n’y a aucune vacance du pouvoir», selon le ministre de la Communication

    03.08.2026
    Au Cameroun, le gouvernement brise le silence sur l'absence prolongée du président Paul Biya, depuis 56 jours hors du pays. Le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi, également porte-parole du gouvernement, dans une interview exclusive à RFI, annonce pour imminent le retour de  Paul Biya au Cameroun. Aux informations qui disent ce dernier malade et hospitalisé dans une clinique genevoise, il n'en est rien, répond le membre du gouvernement, qui rejette les spéculations sur l'idée de la vacance du pouvoir, entretenue par l'opposition. René Emmanuel Sadi est au micro de Polycarpe Essomba. 
    RFI : Le président de la République, Paul Biya, est absent depuis le 7 juin. Que répondez-vous à l'opposition qui demande que soit constatée par le Conseil constitutionnel une vacance du pouvoir ?
    René Emmanuel Sadi : La question de la vacance du pouvoir à la tête de l'État ne devrait pas se poser. D'abord pour la simple raison que cette question est bel et bien encadrée par notre Constitution, qui précise clairement les conditions à partir desquelles on peut parler de vacance du pouvoir. Par ce propos, en effet, la Constitution parle de décès, de démission, d'empêchement définitif, et tout ceci doit être préalablement et formellement constaté par le Conseil constitutionnel. Je tiens à vous faire remarquer que nulle part, on ne parle de séjour prolongé. Alors, les figures de l'opposition qui réclament à corps et à cris une constatation de la vacance des pouvoirs à la tête de l'État, et qui sont du reste, vous le savez, pour la plupart de brillants juristes, devraient, me semble-t-il, avoir une lecture de la loi fondamentale qui soit plus rigoureuse et plus objective. Une lecture qui colle à la lettre et non pas qui procède d'une interprétation manifestement biaisée. Autrement dit, le Conseil constitutionnel ne s'est pas prononcé pour déclarer une vacance du pouvoir à la tête de l'État. Le président Paul Biya est en vie et n'a pas démissionné. Je dois le dire : le président Paul Biya va bientôt rentrer au Cameroun et donc on ne peut pas parler à ce stade de vacances à la tête de l'État.
    « Le président va bientôt rentrer au Cameroun », pouvez-vous préciser ? Est-ce qu'il y a une échéance ? Une date ?
    Je ne peux pas vous dire avec exactitude quand est-ce que le président Paul Biya reviendra. Et même si je le savais, il ne m'appartient pas de l'annoncer ici. Je peux au moins me permettre de vous dire qu'il revient très bientôt.
    Quand le président a quitté le Cameroun le 7 juin dernier, la présidence avait déclaré à l'époque qu'il partait pour un court séjour privé en Europe. Plus de 50 jours plus tard, est-ce qu'on peut encore soutenir la thèse d'un court séjour privé en Europe ?
    Je vais vous faire remarquer que même en l'absence du président de la République, les institutions de notre pays fonctionnent normalement. Les principaux responsables de l'administration vaquent à leurs occupations et c'est la preuve que notre pays est stable. Et il me semble qu'il est tout à fait normal que les Camerounais, notamment celles et ceux qui sont de bonne foi, de mon point de vue, et qui l'ont massivement élu, réélu en octobre dernier, il est tout à fait normal que toutes celles et tous ceux-là se soucient du président de la République. Comme je dis, c'est bien, les gens sont contents quand leur président est là, c'est le père de la nation. Et quand le père est absent, ça peut préoccuper les membres de la famille. C'est tout à fait normal. Mais il peut s'absenter pour des raisons qui parfois sont indépendantes de sa volonté. Il peut prolonger son séjour pour des cas de force majeure, mais en s'assurant que la famille continue de fonctionner dans de bonnes conditions.
    Selon plusieurs sources, le président aurait été opéré du genou. Pouvez-vous nous dire si cette opération est effective ? A-t-elle eu lieu et comment voir le président aujourd'hui ?
    Il a fait une intervention, il y a quelque temps. J'ai bien précisé que le président était bien à Genève, mais qu'il n'était pas hospitalisé. Et ceci, je ne vois pas en quoi cela pourrait être un problème. J'ai dit que le président peut très bien juger l'opportunité de saisir sa présence, son séjour à Genève, pour envisager quelques consultations simples.
    Alors, si le président est à Genève, comme vous l'admettez, il est plutôt à l'hôpital ou à l'hôtel ?
    Je ne suis pas à Genève avec le président. Ceux qui sont à Genève pourraient vous donner des éclairages là-dessus de façon plus précise.
    Parmi les chantiers à venir, il y a la formation d'un nouveau gouvernement, comme cela avait été promis et annoncé par le chef de l'État lui-même le 31 décembre dernier, après sa réélection en octobre. Huit mois plus tard, pourquoi cela traîne ?
    Celui qui apprécie l'opportunité de former un nouveau gouvernement, c'est le président de la République. S'il ne l'a pas fait jusqu'à présent, c'est sans doute qu'il a des raisons pour ne pas l'avoir fait. Je ne peux pas me mettre à sa place pour vous donner une réponse péremptoire là-dessus.
    Depuis 8 mois, tous les ministres sont sur un siège éjectable, y compris vous-même, en tant que porte-parole du gouvernement. Est-ce que, par conséquent, cette situation ne paralyse pas un peu l'action du gouvernement ? Les ministres qui ne seraient plus tout à fait sereins se livreraient, comme beaucoup disent, à des batailles ?
    Le président a fait une annonce. Il n'a pas décidé que dorénavant les ministres devraient se contenter de gérer les affaires courantes. C'est ainsi que ça se passe quand on vous dit que vous n'êtes plus en poste. Il a fait une annonce, mais tous les ministres sont en poste. Le Premier ministre est en poste. Je pense qu'au lieu de faire une fixation sur ce nouveau gouvernement, les uns et les autres devraient s'atteler à conduire les tâches qui sont les leurs dans leurs différentes administrations ministérielles. Et tant qu'ils sont là, ils sont ministres. Au mois d'avril dernier a été adoptée une révision constitutionnelle instituant un poste de vice-président. Pour l'instant, le poste n'est pas pourvu.
    J'ai encore envie de vous demander : qu'est-ce qui bloque ?
    Le président de la République prend son temps pour apprécier l'opportunité de désigner tel ou tel à tel ou tel poste, a fortiori s'agissant d'un vice-président de la République. On peut convenir qu'il est tout à fait normal qu'il prenne son temps pour confier une charge aussi élevée à un de ses concitoyens.
    Quel pourrait être le profil de ce vice-président ? Un homme ou une femme d'expérience, ou plutôt un jeune homme ?
    Je n'ai rien contre les jeunes gens. Moi-même, j'ai été jeune et on peut être jeune et compétent. On peut être jeune, mais en toute sincérité, je pense qu’il y a un terme qu'on utilise ces derniers temps qui n'est pas un slogan, mais c'est un terme qui véritablement est lourd de sens, c'est l'expérience. C'est quelque chose qui se conquiert avec le temps. Celui qui a décidé de créer ce poste, je peux vous dire, et je le dis sans détour, est mieux placé que quiconque pour savoir qui il devra désigner à ce poste de très grande importance.
    Vous êtes candidat à la vice-présidence, Monsieur Sadi ?
    Moi, je ne m'agite pas. Justement, je ne me considère pas parmi ceux qui s'agitent parce que je sais, comme je vous le dis, que ce sont des choses qui ne dépendent pas de nous.
     
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    Publication des mémoires de Tiébilé Dramé: «Sa vie, ses principes politiques devraient aider les jeunes Maliens»

    31.07.2026
    Il y a un an disparaissait une grande figure malienne, Tiébilé Dramé, qui fut deux fois ministre des Affaires étrangères et qui négocia plusieurs accords de paix avec les rebelles touaregs du nord du Mali. Aujourd’hui paraissent ses mémoires aux éditions Cauris Livres, sous le titre Tiébilé Dramé, Une vie de lutte. L’économiste et polytechnicien sénégalais Mamadou Lamine Diallo, qui a été vice-président de l’Assemblée nationale du Sénégal et qui a publié notamment Les Africains sauveront-ils l’Afrique ?, chez Karthala, a été un ami très proche du défunt. Il témoigne au micro de Christophe Boisbouvier.
    RFI : Pourquoi ce titre, Une vie de lutte, à propos du défunt Tiébilé Dramé ?
    Mamadou Lamine Diallo : C'est un titre qui a été validé par Tiébilé Dramé, lui-même, avec son épouse Kadiatou Konaré. Il correspond, je pense, objectivement, à ce qu'il a vécu depuis sa tendre enfance à Nioro et par la suite à Bamako, à travers donc les mouvements estudiantins et le mouvement démocratique. Cela correspond vraiment à la vie de Tiébilé.
    Sous la dictature du général Moussa Traoré, Tiébilé Dramé s'est engagé très jeune dans la lutte syndicale et il l'a payé de plusieurs années de bagne dans l'extrême nord du Mali. Puis, il a dû s'exiler. Pourquoi a-t-il été un acteur clé de la « Révolution » démocratique de 1991 ?
    Le mouvement étudiant, qu'il a dirigé en étant secrétaire général de l'Union nationale des étudiants et élèves du Mali, a été un peu le fer de lance de la lutte contre le régime militaire dictatorial du général Moussa Traoré. Il faut le dire. C’étaient des luttes violentes parce que les manifestations étaient réprimées. Et puis, ils ont arrêté beaucoup de dirigeants étudiants, des enseignants également. C'est ainsi que lui-même a été à Kidal, à Ménaka, dans les prisons au nord du pays.
    Et ensuite à son retour d'exil, évidemment, il a été l'un des principaux acteurs de la « Révolution » de 1991 ?
    Oui, c'est-à-dire qu’en exil à Paris au tournant des années 1980 et 1982, il était organisé avec d'autres Maliens au sein des étudiants maliens en France et des travailleurs immigrés. C'est tous ces mouvements qui ont conduit petit à petit au renversement du régime du général Moussa Traoré. Les manifestations ont été organisées à Bamako sous le couvert de la lutte anti-apartheid ou de la nécessité de la démocratie et du pluralisme politique. Et c'est tout cela qui a conduit à la chute du régime en 1991. Il a été un acteur décisif.
    Et on peut dire que ces années de bagne à Taoudeni, à Kidal, à Ménaka mais aussi que ces années de ministre des Zones arides, que tout ce parcours l'a conduit à devenir un homme de dialogue avec les groupes rebelles du nord du Mali ?
    Certainement, mais aussi son passage à Amnesty International. Il a eu à travailler avec Amnesty International à Londres pendant quelque temps, et je crois que c'est là où il a pris la fibre diplomatique. Cette fibre est également très sensible aux droits de l'homme, notamment avec ce qu'il a vu avec la répression en Mauritanie, avec les Négro-africains de Mauritanie. Là, il a été convaincu qu'il était important effectivement de dialoguer. C'est ça qui l'a conduit à être très actif dans les accords de Ouagadougou et d'Alger.
    Les accords de Ouagadougou de 2013, qui ont mis fin pendant quelque temps au conflit dans le nord du Mali. À la fin de sa vie, Tiébilé Dramé a vécu le retour des militaires au pouvoir et il a pris des risques. C'est lui par exemple en mars 2022 qui a prononcé l'oraison funèbre de Soumeylou Boubèye Maïga, après la mort de ce grand homme d’État malien dans une prison de la junte. Est-ce que son parcours et son combat pour la démocratie contre les militaires peuvent résonner encore pour la jeunesse malienne d'aujourd'hui ?
    Sa vie, son parcours, les principes autour desquels il a organisé son action politique devraient aider les jeunes Maliens à aider le Mali, qui est quand même au bord de l'effondrement, c'est le moins qu'on puisse dire. Ces principes-là sont fondés sur le respect de l'autre, la lutte contre les injustices, sur le pluralisme démocratique qui est une nécessité, mais aussi sur l'unité du territoire. Je crois que pour les accords de Ouagadougou, ils étaient au centre de ces négociations : chercher à obtenir la paix pour pouvoir organiser des élections basées sur l'unité du territoire, mais également sur le fait que les populations, les communautés du nord devraient être mieux traitées dans un Mali uni. Je crois que les jeunes Maliens devraient s'intéresser beaucoup plus à ce qu'il a écrit et à ce qu'il a fait. Cet ouvrage devrait être lu. À partir de ce moment-là, c'est à eux de trouver les solutions aujourd'hui pour sortir de la situation actuelle.
    Peut-on dire que Tiébilé Dramé était à la fois un grand démocrate et un homme intraitable sur l'intégrité territoriale du Mali ?
    Grand démocrate, oui, assurément. Personne ne peut en douter. Maintenant, en ce qui concerne le principe d'un Mali uni, unitaire, pour lui, ce n'était pas négociable. Avec ce principe-là, on doit pouvoir dialoguer, y compris avec des jihadistes, pour éviter le chaos.
Über Le grand invité Afrique
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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