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Le grand invité Afrique

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    Côte d'Ivoire: pendant l'Ivoire Black History Month, «on est dans la célébration des patrimoines ivoiriens»

    03.2.2026
    On célèbre pendant tout le mois de février le Black History Month. Et cette année, l'événement fête son centenaire ! Ce rendez-vous culturel a été lancé en 1926 aux États-Unis pour commémorer et enseigner à la jeunesse afro-américaine les grands moments de son histoire, de la traite négrière et l'esclavage, aux luttes de libération, tout en abordant tout ce qui est lié au patrimoine afro-américain sous toutes ses formes. Depuis quelques années, le Black History Month est aussi célébré en dehors des États-Unis, et en Afrique bien entendu. En Côte d'Ivoire par exemple, où plusieurs jeunes motivés ont lancé l'Ivoire Black History Month. Le rendez-vous culturel en est à sa 7e édition. Mais loin de copier-coller le modèle américain, il s'agit au contraire de mettre en avant toute la diversité des cultures et des patrimoines ivoiriens. Serge Alain Nhiang'O est le directeur exécutif de l'iBHM. Il est le grand invité Afrique de Sidy Yansané.
    RFI : Serge Alain Nhiang'O, vous célébrez la septième édition de l'Ivoire Black History Month. Tout d'abord, expliquez-nous pourquoi vous passez par le Mois de l'Histoire noire, un concept afro-américain, pour mettre en avant le patrimoine culturel de votre pays, la Côte d'Ivoire ?
    Serge Alain Nhiang'O : Le Black History Month est effectivement né aux États-Unis, mais il est né pour réparer une absence historique. Ce prolongement débute avec la traite qui s'est déroulée en Afrique. Du coup, l'Afrique ne peut pas rester en marge d'un mouvement qui veut de réparer des absences historiques. Les injustices vécues par les Afro-Américains sont liées à celles vécues par les Ouest-Africains le continent en général durant la colonisation. Comme on veut créer des ponts entre tous les peuples noirs et les peuples opprimés, c'était important pour nous de contextualiser ce mois de célébration, de prendre en fait toute l'essence de Carter Godwin Woodson, mais pour célébrer l'héritage ivoirien.
    Carter G. Woodson, l'initiateur du Black History Month il y a pile un siècle. Et depuis que vous avez lancé ce rendez-vous, de quelle manière le public ivoirien se l'approprie ?
    Au début, il y avait beaucoup de curiosité. Effectivement, les gens se demandaient pourquoi célébrer un Black History Month en Côte d’Ivoire alors que ce ne sont pas du tout les mêmes contextes. Mais au final, beaucoup de jeunes d'Abidjan, où réside notre grande base, ont adhéré à l'idée. Aujourd'hui, on part dans d'autres villes de la Côte d'Ivoire comme Yamoussoukro, Bouaké, etc. où l'initiative est accueillie sans appréhension.
    Vous avez choisi pour thème cette année « Entre cinéma et patrimoine : une même lutte pour la mémoire ». Alors la mémoire, on comprend. Mais pourquoi une lutte ?
    On se rend compte que la plupart des personnes qui ont milité pour que notre histoire soit revalorisée ont mené des luttes. Il n'y a jamais eu de circonstances passives où l'histoire est donnée. Même le support de base qui nous sert de réflexion, à savoir l'Histoire générale de l'Afrique (Ed. Présence Africaine / Edicef / Unesco), on se rend compte à quel point des pionniers comme Joseph Ki-Zerbo ont lutté, ont milité auprès des institutions compétentes comme l'Unesco pour que notre histoire puisse être racontée par nous-mêmes. Et ça n'a pas été un acquis. Du coup, on s'inscrit dans une forme de lutte pour réparer la mémoire et de façon très contemporaine, comme la plupart des jeunes d'Afrique. Les jeunes que je rencontre n'aiment plus trop l’idée de lutte. Ils ont l'impression que c'est compliqué, quand on voit des figures qui ont lutté, qui ont fini par perdre la vie. Du coup, même si on parle de lutte dans le Black History Month, on le fait avec beaucoup plus de médiation et on est plus trop dans la lutte au sens strict du terme. On est plutôt dans la célébration du patrimoine. L'idée pour nous, c’est aussi de rappeler vraiment que le cinéma un médium qui répare des injustices mémorielles, et ça passe par la lutte.
    Vous avez d'ailleurs lancé une initiative originale cette année : un kino, c'est-à-dire une résidence express de création audiovisuelle, d'où vous avez sorti sept courts-métrages, tous tournés à Grand-Bassam, l'ancienne capitale coloniale. C'était volontaire de le faire là-bas ?
    Oui, c'était volontaire pour essayer aussi de décoloniser l'histoire de Bassam, qui est aujourd'hui une sorte de résidu de la colonisation française. Quand un Ivoirien lambda va à Bassam, on lui explique beaucoup plus l'histoire des colons que des cultures locales N'zima (peuple akan de Côte d’Ivoire). Et même si cette ville est une ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco beaucoup promue pour son histoire, elle n'est pas tant promue pour l'histoire des gens qui y vivent.
    Vous travaillez essentiellement avec des jeunes. Est-ce à dire que c'est votre public cible? Ou alors que ce sont les jeunes qui désormais essayent de se réapproprier leur propre histoire, les aînés ayant peut-être échoué à leur transmettre ?
    La Côte d'Ivoire, c'est un pays qui est majoritairement jeune, à plus de 70 %. Et effectivement, on a l'impression que la plupart de ceux qui dirigent les instances culturelles et mémorielles ne sont pas forcément en phase avec nous. La plupart de nos administrateurs ont une moyenne d'âge de 60 à 70 ans. Pendant que la population a une moyenne d'âge de 18 ans. C'est important pour nous de ne pas se limiter à la complainte, il faut aussi être force de proposition. Nous, jeunes Africains, on a l'impression qu'on a la capacité de faire beaucoup de choses. On a les ailes pour voler très loin, mais ce qu'il nous manque souvent, ce sont nos racines. Il faut rappeler à cette jeunesse que pour voler loin, il faut s'enraciner avec tout notre patrimoine historique.
    À lire aussiCôte d'Ivoire: en 2021, lancement de la 2e édition de l'Ivoire Black History Month
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    France-Tchad: «Il y a des intérêts géostratégiques qui vont au-delà de l’économie»

    02.2.2026
    Un nouveau chapitre qui s'ouvre dans la relation entre le Tchad et la France. La semaine dernière, le président Mahamat Idriss Déby Itno a été reçu à l'Élysée par son homologue Emmanuel Macron, un an après le départ surprise et précipité de l'armée française présente depuis près d'un siècle dans le pays. Un « partenariat revitalisé, fondé sur le respect mutuel et des intérêts partagés » ont affirmé les deux chefs d'État. Que signifie ce revirement après cette rupture brutale des accords de défense il y a un an ? Analyse de Remadji Hoinathy, chercheur à l'ISS (l'Institut d'études de sécurité) spécialiste du Lac Tchad et de l'Afrique centrale. Il est le Grand Invité Afrique de Sidy Yansané.
    RFI : Dans leur communiqué conjoint, les présidents Mahamat Idriss Déby Itno  et Emmanuel Macron se félicitent « d'un partenariat revitalisé ». Êtes-vous surpris par ce réchauffement entre les deux dirigeants après le départ très précipité de l'armée française il y a un an ?
    Remadji Hoinathy : Aussi bien pour ce départ précipité que pour ce réchauffement tout abrupt, effectivement, on est relativement surpris parce que l'on se souvient qu'à l'époque, le Tchad mettait en avant un discours souverainiste exigeant la rupture de coopération militaire, relativement bénéfique pour le Tchad, entre autres, qui existait depuis quasiment plus d'un demi-siècle.
    Quelles ont été les conséquences de ce départ pour le Tchad ?
    Durant cette période, il n'y a pas eu de périls sécuritaires extraordinaires qui mettent en avant les conséquences de la fin l'accord de défense entre le Tchad et la France. Dans cette période, le Tchad a essayé, autant que faire se peut, de diversifier justement sa coopération militaire, allant vers de nouveaux partenaires.
    Et donc pour vous, c'est un signe que la diversification des partenariats sécuritaires n'a pas porté ses fruits ?
    Au-delà de la coopération militaire, qui n'a pas été mise en avant dans la communication officielle, il y a les aspects économiques et culturels, et il y a toutes les questions de sécurité régionale. Si aujourd'hui le Tchad revient sur ses pas et repart vers la France, malgré ce discours souverainiste assez véhément mis en avant, cette diversification n'a pas dû apporter les résultats attendus.
    Le communiqué conjoint est quand même très laconique. Il insiste, vous l'avez dit, surtout sur le partenariat économique. Ces intérêts économiques français et tchadiens, quels sont-ils réellement ?
    La France a surtout été un support financier très important pour un pays comme le Tchad au niveau budgétaire et dans différents domaines de développement. Lorsque l'on regarde la situation économique dans l'ensemble de l'Afrique centrale en général et dans un pays comme le Tchad, un retour ou une embellie dans la coopération économique avec la France en termes d'aide budgétaire et de support dans les négociations avec les institutions et les partenaires internationaux, dont ceux de Bretton Woods, est quelque chose d'assez important pour ce pays qui reste assez dépendant de l'aide internationale. Pour la France, avoir encore un pied au Tchad, un des derniers pays de la zone qui ne lui sont pas réfractaires, reste quelque chose d'important. Dans ce nouveau rapprochement, il y a plutôt des intérêts géostratégiques qui vont au-delà de l'économie.
    Justement, le communiqué fait également référence à la guerre au Soudan voisin. Le Tchad est accusé de servir de point de passage pour les armes que les Émirats arabes unis fournissent aux paramilitaires FSR. Qu'en est-il vraiment et de quelle manière la France pourrait jouer un rôle dans la résolution de ce conflit via son partenaire tchadien ?
    Le Tchad s'est toujours défendu d'avoir tenu une position plutôt neutre dans ce conflit. Le Soudan de son côté, et beaucoup d'autres acteurs dont les Nations unies, disent détenir des preuves de l'implication du Tchad, servant au minimum de point d'entrée pour l'aide émirienne aux Forces de soutien rapide. Depuis la fin de l'année passée, on se rend compte que même à l'international en général, le vent est en train de tourner. Dans le sens où les pays jouant un rôle assez important aux côtés des différents belligérants, les Émirats arabes unis d'un côté et de l'autre, l'Egypte avec l'Arabie saoudite et les Etats-Unis, sont plutôt en train de pousser vers une solution diplomatique, vers une cessation des hostilités, une trêve humanitaire, mais aussi vers un arrêt du support apporté par les différents pays aux belligérants. Le discours du président Macron va aller aussi dans le sens de dire à son partenaire tchadien, mettant à profit l'embellie de leur relation, la nécessité de revenir à un rôle plus neutre dans le conflit au Soudan.
    Il y a quand même quelque chose de surprenant. Je disais que le communiqué était très laconique, au point de ne faire aucune référence, même indirecte, à la détention de l'opposant Succès Masra, à l'assassinat de l'opposant Yaya Dillo, aux tragiques événements du 20 octobre 2022. Selon vous, est-ce à dire que la France assume désormais une realpolitik mettant de côté les droits humains ?
    C'est une tendance que l'on a observé depuis le début de la transition au Tchad : ne pas offusquer le partenaire en insistant trop sur la question des droits humains et de l'ouverture électorale. Ce n'est pas du tout à l'avantage de l'image de la France de revenir dans un partenariat où elle ne pourra pas remettre sur la table de manière claire ses principes sacro-saints, importants à ses yeux et dans son histoire politique.
    À lire aussiLa France et le Tchad ouvrent une nouvelle page dans leur relation bilatérale
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    En Guinée-Bissau, «il n'y a pas de liberté d'expression ou bien de liberté de la presse»

    31.1.2026
    Chanteuse, mais aussi journaliste, engagée pour défendre les droits des plus démunis, la Bissau-Guinéenne Karyna Gomes s’apprête à sortir son nouvel album, le 13 février 2026. Un disque qui appelle à la lutte, la liberté, l’émancipation, comme le désirait Amílcar Cabral, le père des indépendances, alors que la Guinée-Bissau a subi un nouveau coup d'État militaire en novembre dernier. Karyna Gomes est notre Grande invitée Afrique ce matin, elle répond aux questions de Guillaume Thibault.
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    Émirats arabes unis: l'or du Soudan «assure la prospérité des FSR et en même temps celle de Dubaï»

    30.1.2026
    Ce sont des acteurs de plus en plus présents dans les affaires africaines : les Émirats arabes unis ont une influence grandissante sur le continent. À la fois sur le plan économique et commercial, mais surtout sur les marchés portuaires et logistiques. Sans oublier leur rôle trouble dans la guerre qui dévaste le Soudan depuis presque trois ans. Marc Lavergne est directeur de recherche émérite au CNRS (le Centre national de la recherche scientifique) et au laboratoire CITERS de l'Université de Tours. Il répond aux questions de Sidy Yansané.
     
    RFI :  Depuis le début de la guerre au Soudan, il y a bientôt trois ans, les Émirats arabes unis sont particulièrement exposés, accusés notamment de soutenir les paramilitaires des Forces de soutien rapides (FSR). Vous pourriez nous résumer brièvement ce qui lie les Émirats avec le Soudan, qui abrite aujourd'hui la plus grave crise humanitaire au monde ?
    Marc Lavergne : Au départ, c'est l'or et c'est Dubaï. Dubaï est le grand marché de l'or à l'échelle mondiale. Et il y a au Soudan des réserves prodigieuses. Le pays est devenu le premier producteur d'or en Afrique devant l'Afrique du Sud. C'est dans l'ensemble de l'immensité du Soudan qu'on trouve des ressources en or. Il suffit de se baisser pour le ramasser en quelque sorte. Il y a des dizaines de milliers d'orpailleurs qui ne sont pas des professionnels, et qui viennent de toute l'Afrique, de tout le Sahel, pour gratter la terre. Ces gens-là sont contrôlés par les FSR qui récupèrent l'or, ils évitent la banque centrale et les circuits officiels pour l’embarquer sur des avions pour Dubaï pour être raffiné. Ça assure la prospérité des FSR et en même temps celle de Dubaï. C’est pour cette raison que l'armée soudanaise régulière a voulu remettre la main sur ces ressources en or. Elle a intimé l'ordre aux FSR de rentrer dans le rang, c'est-à-dire de revêtir des uniformes, de s’attribuer des grades sous la tutelle des généraux qui ont le pouvoir à Khartoum depuis l'indépendance en 1956, pratiquement sans interruption, mais qui ont besoin de ressources aussi, non pas tellement pour développer le pays, mais au profit de l'armée, des militaires, des officiers. Tout ça avec le soutien de l'Égypte et d'autres pays qui sont aussi dirigés par des militaires.
    Dans ce dossier soudanais, comment se positionne Abou Dabi par rapport à ses partenaires et aux autres puissances de la sous-région ?
    Les Émirats arabes unis sont une fédération dont Abou Dabi n'est que la tête politique. Le business, on le sait bien, est surtout centré à Dubaï, tandis que l'administration est plutôt à Abou Dabi. Il y a pour les Émirats une sorte de compétition avec l'Arabie saoudite, les EAU étant un petit pays avec une population de 10 millions d'habitants, si vous voulez dont seulement 2 millions sont Emiriens et les autres des travailleurs immigrés. Contrairement à l'Arabie saoudite et ses 40 millions d'habitants, la plupart étant Saoudiens. Il y a ces deux visions 2030 de MBS, comme on l'appelle, Mohammed ben Salmane et de MBZ, Mohamed ben Zayed, les deux princes héritiers de ces deux pays qui sont en compétition pour une sorte de de leadership régional avec d'autres pays qui sont aussi parties prenantes, hostiles ou complices, comme le Qatar, le Koweït, et tous ces pays qui forment le Conseil de coopération du Golfe.
    Alors parlons de cette compétition. Les Émirats donnent vraiment l'impression d'élargir leur influence en Afrique dans divers domaines : sécurité et défense, on en a parlé, mais aussi les ports, la logistique, la diplomatie. Depuis quand vous diriez que les Emirats ont commencé à tisser leur toile en Afrique ?
    Les Émirats, il ne faut pas oublier qu'on appelait ça du temps des Anglais, « la côte des pirates ». Ce sont des gens qui ont une proximité avec l'Afrique, avec des pénétrations depuis l’Afrique orientale à l'intérieur du continent africain, avec du trafic d'ivoire, du trafic d'esclaves, du trafic de beaucoup de choses depuis des siècles, bien avant l'arrivée des Européens. L’Éthiopie, par exemple, a toujours été exempte de cette influence. Mais tous les bords, la Somalie, l'Érythrée, le Soudan ont été sous influence des pays du Golfe.
    Parlons quand même des accusations très graves qui pèsent sur les Émirats, notamment le soutien armé aux paramilitaires soudanais FSR, dont les crimes atroces sont désormais recensés presque chaque jour. Le transport de mercenaires aussi en Soudan, parfois venus d'Amérique du Sud. Comment expliquez-vous que les EAU jouissent d'une telle impunité, notamment face à leurs grands partenaires que sont les États-Unis, et aussi face à l'Europe ?
    Les EAU ne se plient pas du tout aux oukases qui peuvent venir de Washington ou d'ailleurs. Quand ils interviennent pour soutenir des groupes en déshérence comme ces FSR au Soudan et d'autres ailleurs en Afrique, ils ont affaire à des États faillis qui regorgent de ressources à exploiter. Ils ne vont pas s'arrêter à la légalité internationale, d’autant personne ne va s'opposer aux Émirats parce qu'ils jouent un rôle aujourd'hui irremplaçable sur la scène internationale. Les États-Unis ne sont plus les défenseurs de l'ordre mondial. Au contraire, ils ouvrent les portes au désordre mondial. Ça implique que des petits pays comme les Émirats ne s'arrêtent pas à la légalité internationale avant d'opérer, comme ils le font en soutenant des rebelles ou des groupes terroristes.
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    Bénin: «La vision du président Talon entraîne le pays dans une direction qui crée des tensions»

    29.1.2026
    Au Bénin, la majorité présidentielle remporte tous les sièges d'élus aux élections communales de début janvier, juste après s'être saisie de l'ensemble des sièges à l'Assemblée nationale lors des législatives. Comme en 2019, l'opposition est donc totalement absente du corps parlementaire. À la tête du parti Les Démocrates, l'ancien président Thomas Boni Yayi dénonce « une politique d'exclusion » de l'opposition. Sa formation n'a pas été autorisée à présenter un candidat à la présidentielle d'avril prochain. Qu'en est-il vraiment ? Gilles Yabi, directeur exécutif du cercle de réflexion panafricain Wathi basé à Dakar, répond aux questions de Sidy Yansané.
    RFI : La majorité présidentielle vient de remporter la totalité des sièges d'élus aux communales, en plus d'avoir gagné les 109 sièges de députés à l'Assemblée nationale. Quel est votre regard sur ces résultats, quand on sait que le Bénin est habituellement reconnu pour son pluralisme politique ?
    Gilles Yabi : Ce sont des résultats spectaculaires ! Effectivement, cela signifie une Assemblée nationale exclusivement composée de députés soutenant l'action du président Patrice Talon. Et au niveau des élections communales, on a effectivement le même résultat spectaculaire, l'absence de toute représentation de partis d'opposition dans les conseils communaux. C'est très clairement une première au Bénin. En réalité, ce n'est pas un résultat accidentel. C'est probablement assez proche de ce qui a été souhaité dès lors que des réformes ont rendu extrêmement difficile la possibilité pour un parti d'avoir le moindre député. Notamment cette règle d'un score plancher de 20 % imposée pour toutes les circonscriptions électorales, un seuil extrêmement élevé qui signifie qu'un parti peut être extrêmement dominant dans beaucoup de parties du Bénin, et en même temps ne pas être capable d'avoir un seul député à l'Assemblée nationale.
    Justement, le principal parti d'opposition, Les Démocrates, n'était pas autorisé à participer à ces communales et ne sera pas non plus autorisé à présenter un candidat à la présidentielle d'avril prochain. Précisez-nous quelles sont les raisons avancées par les autorités béninoises pour justifier ces exclusions ?
    C'est toujours un peu compliqué de parler d'exclusion. Il y a beaucoup de règles qui ont été instituées dans la nouvelle loi électorale, avec des exigences très importantes. J'ai cité le seuil des 20 %, mais il y a aussi les parrainages nécessaires pour valider une candidature à l'élection présidentielle. Et ces parrainages ne sont pas citoyens comme dans d'autres pays, ce sont des parrainages exclusivement politiques venant de députés ou de maires. Et ce seuil-là aussi, au niveau des parrains, a été relevé. Donc, on voit bien, quand même, qu'il y a eu beaucoup de réformes pour restreindre considérablement l'espace d'expression politique. Mais à nouveau, on ne peut pas parler de décision d'exclusion, même si le résultat est le même, finalement. Concernant les élections locales, ce sont des dossiers qui étaient incomplets et qui ont effectivement abouti à une non-validation de la candidature du parti Les Démocrates. Mais là aussi, le résultat de toute façon est le même. En réalité, c'est une absence totale de représentation de l'opposition et donc de la diversité politique du pays. Je crois que c'est quand même un résultat qui montre un changement assez radical dans la posture démocratique du Bénin.
    C'est vrai que depuis l'arrivée au pouvoir de Patrice Talon, l'opposition n'a jamais été aussi peu représentée dans les urnes. Diriez-vous, comme beaucoup d'observateurs le prédisaient à l'époque, que le président Talon a définitivement cédé à la tentation autoritaire ?
    Lorsqu'on écoute son dernier discours sur l'état de la nation à l'Assemblée nationale, en réalité, il y a une très grande clarté dans sa vision : la démocratie, oui, c'est important, mais ce n’est peut-être pas aussi important que le développement économique, la modernisation du pays. Au fond, le choix qu'il a fait, c'est de réformer profondément les institutions politiques du pays selon sa vision personnelle. C'est tout à fait voulu d'avoir un espace politique restreint et d'avoir aussi un espace de liberté restreint, avec quand même deux modifications importantes de la Constitution. Donc, pour moi, ce ne sont pas tellement les élections et la non-représentation de l'opposition qui posent le plus de problèmes. La vision du président Talon entraîne le Bénin dans une direction qui, de mon point de vue, crée aussi les conditions de beaucoup de tensions, tout ça dans un environnement régional qui lui-même est très fragile. Je suis assez inquiet par rapport à cette évolution parce que dans un tel environnement, on a besoin plutôt d’unité, de cohésion et d'espaces d'expression politique en interne pour faire face aux différents défis, y compris le défi sécuritaire.
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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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