

Venezuela-États-Unis: «Derrière les réactions prudentes» des Africains, «il y a des calculs de diplomatie»
08.1.2026
En Afrique, à quelques exceptions près, les réactions sont très prudentes après l'enlèvement, samedi 3 janvier par les Américains, du président du Venezuela, Nicolas Maduro. Pourquoi cette retenue ? Paul-Simon Handy est directeur Afrique de l'Est et Union africaine à l'Institut d'études de sécurité (l'ISS). Pour lui, beaucoup d'États africains basent leurs calculs sur la puissance comparée de la Chine et des États-Unis et ils en tirent des conséquences très pratiques. Il s'en explique au micro de Christophe Boisbouvier. RFI : Paul-Simon Handy, chez les pays africains, à part l'Afrique du Sud et peut-être le Ghana, les réactions à l'opération militaire américaine sont très timides. Est-ce que cela vous surprend ? Paul-Simon Handy : On n'est pas vraiment surpris parce que l'on sait que les réactions du président américain peuvent être très revanchardes. Oui, on ne veut pas se fâcher avec Donald Trump ? En effet, derrière la prudence de plusieurs pays, il y a des calculs de diplomatie prudente, de peur de subir les foudres du président américain, comme on a déjà pu le constater dans des pays qui comptent parmi les pays les plus importants en Afrique, comme le Nigéria et l'Afrique du Sud. Alors en Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa a eu des mots forts contre l'agression américaine. Mais au sein de son gouvernement, le parti Alliance démocratique n'est pas d'accord. Est-ce que cela ne le fragilise pas ? Je ne pense pas que l’ANC et le président Ramaphosa soient surpris que l'Alliance démocratique ne les ait pas soutenus dans ce cadre. Pour le président sud-africain, c'était certainement une occasion rêvée de prendre les États-Unis en flagrant délit de violation du droit international. L'Alliance démocratique a toujours voulu être un parti qui pense certainement que critiquer les États-Unis dirigé par le président Trump n'était pas une bonne idée et pourrait, au contraire, accroître encore la croisade du président Trump contre l'Afrique du Sud. Et qu'en pense l'opinion sud-africaine ? Est-ce qu'elle soutient l’ANC contre ce raid américain ou est-ce qu'elle craint des représailles commerciales des États-Unis ? Non, l'opinion publique sud-africaine est très en soutien de l’ANC. L'Afrique du Sud se vit comme un pays leader en Afrique. Et se voir malmener comme ça par un pays avec lequel elle avait des relations plutôt bonnes... Non. l'opinion publique, la presse, est plutôt favorable à l'approche de l'ANC, qui a toujours été relativement ferme. Paul-Simon Handy, comment expliquez-vous le silence de l'Algérie quand on connaît la proximité qui existait entre le président Maduro et le président Abdelmadjid Tebboune ? Alors, je pense que l'Algérie, comme certains autres États, fait preuve de prudence stratégique. L'Algérie vient de terminer un mandat de deux ans au Conseil de sécurité des Nations unies sur un échec diplomatique, il faut le dire. Car le vote de la résolution 27 sur 97, dont le porteur de crayon étaient quand même les États-Unis, constituaient une sorte d'échec diplomatique pour l'Algérie. Sur le Sahara occidental. Sur le Sahara occidental. Donc, je pense que l'Algérie est encore en train de digérer cet échec diplomatique et ne voudrait pas en rajouter en se mettant en porte-à-faux avec un partenaire américain qui est devenu extrêmement imprévisible. Le deuxième aspect, à mon avis, c'est que la non-réaction de l'Algérie officielle démontre aussi que les alliances de blocs sont terminées dans le monde. Les amitiés avec des pays comme la Chine, la Russie ne protègent pas d'une agression militaire. Ce qui veut dire que, aujourd'hui, l'Algérie sait qu'elle peut très bien faire l'objet d'une attaque et que aucun autre État ne viendra la soutenir, et certainement pas les autres grands États comme la Chine, la Russie, ni même l'Iran. Alors justement en Iran l'année dernière, au Venezuela cette année, est ce que ces opérations militaires montrent la supériorité stratégique des Américains sur la Chine, y compris en Afrique ? Très certainement oui. Supériorité militaire... On voit que les États-Unis d'Amérique ont subi la concurrence de pays comme la Chine, la Russie, tous les pays qu'on dénomme souvent comme « puissance montante ». Ces pays sont des puissances montantes, économiques, diplomatiques, mais n'ont pas encore atteint la puissance militaire du leader américain. Il y a une vraie domination militaire américaine que, on voit que la Chine est en train d'essayer de rattraper, mais elle en est encore loin. Autres pays très discrets depuis samedi dernier, les trois pays de l'AES, l'Alliance des États du Sahel. Pourquoi ne sont-ils pas aux côtés de la Russie pour dénoncer, je cite l'ambassadeur de Moscou à New York : « le retour à l'ère de la domination américaine par la force et l'illégalité » ? Alors si on ne peut déjà pas défendre sa souveraineté par ses propres moyens, ses propres forces de défense et de sécurité, le meilleur antidote est certainement la légitimité transmise par les urnes. Les pays de l'AES n'ont pas cette légitimité populaire. Ces pays sont bien conscients de la faiblesse de leur position et de l'absence de réaction probable d'alliés. Et donc leur silence, pour moi, est évocateur d'une vraie prise de conscience de ce que leur position est : très délicate. Le projet qu'ils veulent mener n'est pas partagé par la communauté internationale. 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Tentative de coup d'État au Bénin: «Les leçons tirées au Niger ont sauvé le président Talon»
07.1.2026
Il y a un mois, le 7 décembre, le président béninois Patrice Talon a échappé à un coup d'État fomenté par une partie de son armée. Un mois plus tard, les commanditaires ne sont toujours pas clairement identifiés, mais le Bénin a expulsé la semaine dernière un agent de renseignement et un policier en poste à l'ambassade du Niger à Cotonou, ce qui a provoqué des représailles de la part du Niger. Est-ce à dire que le Niger pourrait être impliqué dans cette tentative de putsch ? L'éditorialiste Jean-Baptiste Placca répond aux questions de Christophe Boisbouvier. RFI : Jean-Baptiste Placca, ce qui a sauvé le régime du président Patrice Talon, c'est notamment la loyauté de la Garde républicaine du colonel Tévoédjrè. Pourquoi y a-t-il eu cette loyauté au Bénin et pas il y a deux ans au Niger ? Jean-Baptiste Placca : il faut peut-être observer que ce putsch a été fomenté par une toute petite partie d'un seul des cinq principaux corps que compte l'armée béninoise. Ils n'ont pas su convaincre la totalité de leur propre corps, et encore moins d'autres, de les rejoindre. Au Niger, Mohamed Bazoum était de fait un homme seul qui estimait pouvoir faire confiance à une armée qui servait loyalement le régime. Les deux situations ne me semblent pas comparables. Le 7 décembre, le renfort militaire du Nigeria semble avoir été déterminant. Pourquoi ce soutien au régime de Patrice Talon en 2025, et pas au régime de Mohamed Bazoum au Niger en 2023 ? Peut-être que si tous n'avaient pas vécu très mal les désillusions de la chute de Mohamed Bazoum au Niger, ces États ne seraient pas intervenus de la sorte au secours de Patrice Talon. D'une certaine manière, Mohamed Bazoum a sauvé Talon. Les leçons tirées de l'expérience du Niger ont servi le Bénin par rapport à ce qui est arrivé le 7 décembre. Ce dimanche 7 décembre, c'est un groupe de trois pays seulement, le Nigeria, la Côte d'Ivoire, la Sierra Leone qui s'est porté au secours du régime béninois. Est-ce à dire que la Cédéao, c'est terminé ? La Cédéao vit toujours à géométrie variable. Je crois que c'est surtout la solidarité personnelle, entre guillemets, en faveur de Patrice Talon qui a sauvé son régime. Donc pour l'Ivoirien Alassane Ouattara, il n'était pas question de laisser tomber le Béninois Patrice Talon. Non, parce que je pense qu'ils se retrouvent quelque part. Ils se reconnaissent aussi entre États, on va dire francophone, qui ont un certain sérieux à gérer leur pays. Parce que la Côte d'Ivoire est un pays qui évolue, connaît une expansion convaincante comme le Bénin. Et ça rapproche aussi des chefs d'État, c'est-à-dire le sérieux qu'on met à gouverner son pays. Et donc je pense que Alassane Ouattara, et ça n'a pas toujours été le cas, a su, disons, avoir de la sympathie. Ou plutôt Talon a su gagner la sympathie d'Alassane Ouattara. Et c'est tout à fait légitime. On dit qui se ressemble s'assemble dans l'excellence comme dans la médiocrité. On retrouve toujours les mêmes dans les mêmes cas. Depuis un mois, le président béninois Patrice Talon dénonce régulièrement des soutiens extérieurs aux mutins du 7 décembre. Sans doute fait il allusion à ses voisins du Nord, le Burkina Faso et le Niger. Mais est-ce que c'est crédible ? Bon, il est évident que Patrice Talon n'est pas le meilleur ami des pays de l'AES et en particulier du Niger. On imagine que pour accuser de la sorte, il a probablement des éléments qu'il va devoir montrer pour convaincre l'opinion. Et puis probablement viendra le temps des éléments de preuve. On les attend. Et je pense que les Nigériens auraient eu intérêt, effectivement, à ce que le Bénin bascule dans le camp des putschistes, parce que, à ce jour, les importations ou les exportations des Nigériens doivent transiter par le Togo, c'est beaucoup plus long. Ça renchérit le coût de ces marchandises. Et comme le Niger a l'intention de vendre son uranium où il veut, on ne peut pas se balader à travers des zones notamment infestées de djihadistes, avec le « Yellow Cake ». Et le Togo dans tout cela, quel rôle a-t-il pu jouer lors de ce coup d'État manqué ? Alors, à part les informations relatives au transit par Lomé du chef putschiste dans sa fuite, aucune preuve directe n'a été apportée à l'implication du Togo. Les dirigeants togolais semblent assumer leur amitié pour l’AES avec le Niger notamment, mais avec les États de l’AES, en même temps qu'ils cherchent à être médiateurs entre ces pays et les autres. Il n'est pas toujours aisé d'être à la fois acteur et médiateur. Le seul véritable problème du Togo est d'être sans cesse comparé, à ses dépens, au Bénin et au Ghana, ses voisins de l'est et de l'ouest, qui affichent des progrès considérables en termes de développement économique, d'infrastructures et d'évolution démocratique. À lire aussiNouvelle crise diplomatique entre Bénin et Niger: expulsions croisées de personnels d'ambassade À lire aussiAu Bénin, le parti d'opposition Les Démocrates mise tout sur les élections législatives

Youssouf Mulumbu: «Non à la CAN de football tous les quatre ans !»
06.1.2026
« Non à la CAN de football tous les quatre ans ! » : c'est le cri de guerre de notre invité congolais de ce mardi 6 janvier, après la décision du Sud-Africain Patrice Motsepe, le président de la Confédération africaine de football, de faire passer le célèbre tournoi de une fois tous les deux ans à une fois tous les quatre ans. Youssouf Mulumbu a été le capitaine des Léopards du Congo Kinshasa et a notamment joué au PSG. Il publie aujourd'hui le roman Talo, aux éditions Jets d'encre. Pour lui, la CAF africaine de Patrice Motsepe doit résister aux pressions de la Fifa mondiale de Gianni Infantino. Il le dit au micro de Christophe Boisbouvier. RFI : Youssouf Mulumbu, le 20 décembre dernier, le président de la CAF, le Sud-Africain Patrice Motsepe, a jeté un pavé dans la mare. À partir de 2028 a-t-il dit : « La CAN de football ne se disputera plus tous les deux ans, mais tous les quatre ans ». Quelle est votre réaction ? Youssouf Mulumbu : moi, ça ne me surprend pas tellement, il y avait des signes. Je pense que le président Motsepe est plus basé sur les compétitions occidentales et s'est aligné justement sur cette nouvelle Coupe du monde des clubs qui, pour la CAN, est un dommage collatéral. Alors l'un des arguments justement du Sud-Africain Motsepe, c'est de dire que l'Afrique doit s'aligner sur la Coupe du monde et sur le championnat d'Europe, qui sont des tournois qui ont lieu tous les quatre ans. Bien au contraire, l'Afrique a ses réalités avec ses infrastructures. Donc je ne vois pas comment on peut s'aligner aujourd'hui avec l'Europe, sachant que la CAN, la Coupe d'Afrique, fait partie du développement de certains pays. On peut voir sur les infrastructures de transport, sur les infrastructures justement sportives. Et donc ça va être un dommage collatéral pour l'Afrique et pour des pays qui sont sous-développés. Oui, parce que le fait que la CAN ait lieu tous les deux ans, ça veut dire que, tous les deux ans, il y a de nouvelles routes, de nouveaux stades, de nouveaux hôpitaux ? Exactement, c’est l'histoire de cette Coupe d'Afrique. Et tous les deux ans et pour chaque Africain, on l'attend chaque deux ans. Donc on ne devrait pas s'aligner avec l'Europe parce que l'Afrique a ses réalités et donc c'est un bel événement pour le développement du pays. Moi, j'ai pu le voir avec le Gabon, j'ai pu le voir avec la Guinée et aujourd'hui je pense qu'on a plus pensé aux clubs européens parce que, pour leur gestion, ça va être plus facile. Et on a pensé vraiment à cette Coupe du monde des clubs qui est un peu l'atout majeur pour la FIFA. Oui, c'est-à dire-que vous pensez que cette réforme, c'est aussi une concession faite aux puissants clubs européens, comme le PSG où vous avez joué Youssouf Mulumbu, mais aussi bien sûr comme le Real, Arsenal, etc. qui n'ont jamais eu envie de laisser partir leurs joueurs africains tous les deux ans pendant plus d'un mois ? Exactement. On voit de plus en plus de joueurs qui évoluent dans des grands clubs, donc forcément, pour eux, c'est tout bénef. Et je pense qu'il va falloir militer vraiment pour que cette CAN revienne tous les deux ans. Et je pense que tous les joueurs, qu'ils soient anciens et nouveaux, doivent se mettre en avant pour justement donner de la voix pour que cette CAN reste toutes les deux années. Alors un autre argument quand même de la part du président Motsepe, c'est qu'une CAN tous les quatre ans, cela rendra la compétition plus rare, donc plus prestigieuse, comme la Coupe du monde par exemple. Et donc cela fera monter les droits télés et le nombre des sponsors … Son argument peut être louable, mais quand on regarde le pour et le contre, je pense qu'il y a plus de désavantages pour le continent africain aujourd'hui. Cette CAN, nous on la regarde avec des yeux qui brillent. On l'attend chaque deux ans. Je ne vois pas pourquoi deux années de plus vont faire que cette CAN va être plus attractive. Et aujourd'hui, on voit une CAN où on a des superstars qui viennent la voir, comme Mbappé, comme Zidane. Et donc pour nous, elle est bien comme ça. Donc je ne vois pas comment elle va être plus prestigieuse tous les quatre ans. Donc vraiment, je pense que tout le monde doit se lever d'une même voix. Donc allons militer et remettez-nous cette compétition tous les deux ans, parce que nous, ça nous fait vibrer de voir les peuples justement vibrer, un peu comme le Congo qui a des conflits géopolitiques. Et aujourd'hui mettre à part ces conflits là pour se focaliser justement sur cette compétition, ça donne un peu du baume au cœur et un peu de joie à ce peuple-là. Donc, il va falloir garder cette CAN tous les deux ans. Oui, pour le peuple congolais, c'est une grande respiration au milieu de la guerre ? Exactement, comme vous le voyez à chaque célébration. Je pense que les joueurs n’ont pas oublié qu’au pays c'est un peu terrible et surtout du côté Est. Donc voilà, de parler justement du Congo, ça donne un peu plus de joie à ce peuple-là. Oui, offrez-nous au moins tous les deux ans une parenthèse enchantée. Exactement, et je pense que c'est très important. Mais franchement, Youssouf Mulumbu, est ce que financièrement la CAF n'est pas très dépendante de la FIFA ? Forcément. Mais feu Issa Hayatou, paix à son âme, avait résisté justement à cette pression qui était déjà mise pour que cette compétition se déroule tous les quatre ans ! Hommage au défunt président camerounais Issa Hayatou ? Exactement. Hommage à feu Hayatou, qui était un président très exemplaire et qui œuvrait vraiment pour l'Afrique. Youssouf Mulumbu, RDC-Algérie, c’est dans quelques heures ? Exactement. Un petit pronostic ? Alors j'ai beaucoup d'amis algériens moi, je dirai une victoire 2-1pour le Congo quand même. On va aller chercher cette victoire.

Présidentielle en Ouganda: «La répression est toujours très claire»
05.1.2026
Voilà presque quarante ans jour pour jour que Yoweri Museveni préside aux destinées de l'Ouganda. Et à la présidentielle de ce 15 janvier 2026, il va briguer un septième mandat à la tête du pays. Face à lui, il y a l'ex-chanteur populaire Bobi Wine, qui avait réussi à obtenir officiellement 35% des voix en 2021. À l'âge de 81 ans, Yoweri Museveni s'engage-t-il pour un dernier tour de piste ? Une alternance est-elle possible ? Kristof Titeca est professeur à l'université d'Anvers, en Belgique, où il enseigne à l'Institut de gouvernance et de développement. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier. RFI : De nombreux opposants et défenseurs des droits de l'homme sont en prison. Est-ce que la répression est aussi forte que lors de la campagne électorale de 2021 ? Kristof Titeca : En fait, au début de la campagne électorale pour ces élections, c'était plutôt calme et ça a surpris pas mal de monde. Mais donc, dès que Bobi Wine et le NUP, son parti politique, ont vraiment commencé à faire campagne, là, la répression est montée. Donc en effet, il y a eu pas mal d'arrestations. Le NUP, ils disent qu'il y a entre 300 et 400 personnes qui ont été arrêtées. Des analystes disent que c'est plutôt autour de 200. Mais donc on a vraiment essayé d'empêcher Bobi Wine et le NUP de faire campagne, d'organiser des meetings, tout simplement. Donc la répression est toujours très claire. Et l'on vient d'apprendre l'arrestation d'une grande avocate, Sarah Bireete... Oui, tout à fait. Donc il y a quelques jours, il y a Sarah Bireete qui a été arrêtée, ça ne s'est pas passé les élections précédentes. Donc c'est la première fois qu'une figure comme Sarah Bireete a été arrêtée sur des accusations qui étaient un peu floues. Et dans cette répression, quel rôle joue le fils du président, le général Muhoozi Kainerugaba, qui est le chef de l'armée ougandaise ? La seule consigne vraiment claire qui a été donnée par lui, mais aussi par des autres responsables, c'est que les électeurs doivent rentrer directement chez eux après avoir voté. Et ça, ça veut dire deux choses. Donc, d'une part, évidemment, c'est un message du type « ne créez pas de troubles », mais d'autre part, pour beaucoup de gens, cela suscite des inquiétudes sur un possible bourrage des urnes ou des manipulations du vote, parce que d'habitude, il y a des observateurs civils qui restent sur place pour surveiller le dépouillement, et là, ce ne sera plus possible. Alors, dans le pays voisin, la Tanzanie, la présidentielle du 29 octobre dernier a été marquée par des manifestations violemment réprimées. Plus de 2 000 morts selon l'opposition. Est-ce que le même scénario pourrait se reproduire en Ouganda ? D'abord, il faut toutefois dire que la répression en Tanzanie a été extrêmement brutale, donc plus que 2000 morts. Donc, c'était une échelle qui est différente de ce qu'il se passe en Ouganda pour le moment. Cela dit, on observe un rapprochement entre l'Ouganda et la Tanzanie et dans une certaine mesure aussi avec le Kenya sur ces questions. On parle d'une sorte d'externalisation de la répression entre ces différents gouvernements. Par exemple, il y a eu un cas de torture visant quelqu'un qui est ougandais, donc c'est la militante des droits humains qui est la plus connue en Ouganda, Agather Atuhaire. Elle s'est rendue en Tanzanie, c’était une supporter des militants des droits humains en Tanzanie. Là-bas, elle a été arrêtée, elle a été brutalement torturée et puis elle a été abandonnée par les services de sécurité tanzanienne à la frontière ougandaise. Donc, on voit clairement apparaître ces dynamiques transfrontalières de répression. En Tanzanie, en octobre dernier, les principaux adversaires de la présidente sortante, Samia Suluhu Hassan, étaient exclus du scrutin. Alors qu'en Ouganda, certes, Kizza Besigye est en prison, mais Bobi Wine peut se présenter. Est-ce que ce n'est pas une différence ? Oui, il y a cette différence qualitative entre les deux pays en fait. Donc l'Ouganda a toujours été considéré comme un régime hybride, c'est-à-dire il y a des tendances autoritaires, mais il y a aussi des tendances démocratiques. Ça veut dire que le gouvernement et le président Museveni, ils ont toujours besoin du soutien de la communauté internationale, c'est-à-dire de l'Union européenne, des États-Unis, c'est-à-dire du support financier et politique de ces acteurs internationaux. Voilà exactement 40 ans que Yoweri Museveni est au pouvoir. Il a aujourd'hui 81 ans. Est-ce que c'est sa dernière élection ? En fait, oui, c'est ça la question qui est la plus importante pour les Ougandais, c'est qu'est-ce qu'il va se passer après le président Museveni ? Et donc il y a son fils Muhoozi Kainerugaba, qui est un peu vu comme son successeur. Mais en tout cas, le clan Museveni va tout faire pour empêcher Bobi Wine ou Kizza Besigye d'être élu président ? Oui, tout à fait. Et c'est ça la grande difficulté ou le grand danger pour le pays. Comment cette transition va se dérouler ? Est-ce que l'armée, est-ce que la population vont accepter que de nouveau il y ait quelqu'un du clan de Museveni qui va rester au pouvoir ?

Féminicides au Sénégal: «Il faut une réponse institutionnelle», alerte l'écrivaine Ndèye Fatou Kane
03.1.2026
Serait-ce le début d'un changement pour les femmes au Sénégal ? Lors de ses vœux du Nouvel An, le président Bassirou Diomaye Faye a conclu son discours en dénonçant les violences faites aux femmes dans le pays, mais surtout en utilisant de façon solennelle et pour la première fois le terme « féminicide ». Le 26 décembre 2025, une centaine de personnalités féministes et d’organisations de défense des droits des femmes signaient une tribune, appelant à une réforme du Code de la famille et à une reconnaissance du féminicide au Sénégal. Un pays où 54 % de la population féminine affirme avoir subi plusieurs violences en 2023, selon une étude de l'Agence sénégalaise de la statistique et de la démographie. L’écrivaine et féministe Ndèye Fatou Kane, chercheuse en sociologie du genre, qui a cosigné cette tribune, répond aux questions de RFI. À lire aussiOuvrage majeur du féminisme, «La parole aux négresses» d'Awa Thiam réédité au Sénégal