Ce lundi 20 mars se tiendra le premier sommet France-Pologne depuis la signature du traité de Nancy, un traité pour renforcer la collaboration entre les deux pays signé il y a presque un an. Depuis le retour au pouvoir de Donald Tusk fin 2023, la Pologne est redevenue une puissance centrale de l’Union européenne, portée par l'économie la plus dynamique de la région.
De notre correspondant à Varsovie,
Dans les rues de la capitale, les Varsoviens ressentent le développement économique du pays dans leur portefeuille depuis quelques années, pour le meilleur comme pour le pire. Les bras chargés de deux sacs de courses remplis à ras-bord, Ewa, 80 ans, sort tout juste du centre commercial où elle a l’habitude de faire ses achats. « Même en étant à la retraite, je sens que je vis plus confortablement qu’avant, confie l'octogénaire. Je peux acheter des articles plus haut de gamme, plus chers, de meilleure qualité, mes courses n’ont plus rien à voir. »
Comme tous les Polonais, Ewa a vu le pays se transformer drastiquement ces 20 dernières années. Pour Marzena, 67 ans, c’est l’adhésion à l’Union européenne en 2004 qui a été l’élément déclencheur de la transformation du pays. « Avant, selon moi, l’économie n’était pas aussi stable et prévisible qu’elle peut l’être aujourd'hui, analyse-t-elle. Avant, on nous promettait que tout allait changer, qu’on allait reconstruire la Pologne, mais rien ne marchait. Mais depuis qu’on a reçu des fonds européens, on voit que ça fait avancer les décisions politiques. Il suffit de regarder à quoi ressemble la capitale, et surtout le centre ! Et si vous roulez vers l’est, vous pourrez voir l’amélioration de nos infrastructures routières. »
Avec un taux de chômage parmi les plus bas d’Europe et 3,6 % de croissance enregistrée en 2025, le pays est désormais la 6ᵉ puissance économique européenne et la 20ᵉ mondiale. Mais à l’École de commerce de Varsovie, le professeur Marius-Jan Radlo met en garde contre les risques d’une croissance essentiellement tirée par le Plan de reconstruction européen, dont les fonds devraient cesser d’affluer d’ici la fin de l’année. « Les pays qui ne financent pas leur propre potentiel de croissance peuvent tomber dans le piège du développement régional : on se développe vite, donc l’aide européenne retombe, alors qu’on n’a pas mis de modèle en place pour se développer de façon autonome », explique le professeur.
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Une forte inflation
Malgré une hausse certaine du pouvoir d’achat et un salaire moyen qui avoisine désormais les 2 100 euros par mois, les Polonais se retrouvent aussi confrontés à une forte inflation. Dans le quartier résidentiel d’Ursynow, au sud de Varsovie, Marta promène son fils dans une poussette. La jeune maman de 39 ans et son compagnon se félicitent d’avoir acheté leur appartement avant la naissance de leur fils. Cinq ans après l’achat, ils estiment qu’ils ne seraient pas en capacité d’acheter le même bien aujourd’hui. « On l’a acheté à 1 600 euros le m², alors que maintenant, dans notre quartier, on ne peut pas viser un appartement à moins de 4 200 euros le m², témoigne-t-elle. C’est difficile, car les salaires ne sont pas en adéquation avec les besoins et la hausse des prix. »
Pour la jeune maman comme pour beaucoup de Polonais, la croissance a un prix que tous ne peuvent pas se permettre de payer.
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