À l’heure des changements géopolitiques, l’Autriche, pays neutre, entend renforcer son armée. Le pays est l’un des rares en Europe où le service militaire est encore obligatoire. À partir de 18 ans, chaque jeune Autrichien doit effectuer six mois de service militaire ou, s’il le refuse, neuf mois de service civil. Une commission nommée par le ministère de la Défense préconise aujourd’hui d’allonger à huit mois ce service militaire et d’y ajouter deux mois d’exercices militaires obligatoires à faire avant leurs 30 ans. Une réforme urgente et nécessaire, selon cette commission, sur laquelle le chancelier autrichien s’est dit favorable à un référendum.
Dans la caserne viennoise Maria-Theresien, Lorenz, 18 ans, nous montre fièrement sa chambre, qu’il partage avec ses camarades. Lits impeccables, placards rangés : tout y est très ordonné. Le jeune homme effectue son service militaire depuis octobre dernier, comme 16 000 recrues chaque année en Autriche.
La commission nommée par le ministère de la Défense souhaite faire passer de six à huit mois le service militaire et de neuf à douze mois le service civil. Un allongement conséquent donc, mais que Lorenz juge nécessaire aujourd’hui, bien conscient, malgré son jeune âge, que la situation actuelle l’exige. « Après quelques mois de service militaire, ma mère m’a demandé : "Lorenz, te sens-tu prêt avec cette formation ? Penses-tu que tu en auras besoin un jour ?" Ça fait réfléchir, surtout en cette période de tension. Défendre ma patrie, que ce soit l'Autriche ou l'Europe, me tient énormément à cœur, car quand on a quelque chose qui offre autant de liberté, autant de possibilités, je trouve qu'on doit apporter sa contribution. »
Disposer de plus d’hommes et mieux formés
L’armée autrichienne repose sur un système de milice, c’est-à-dire de soldats non professionnels, mobilisables en cas de besoin. Mais aujourd’hui, seule une partie des conscrits rejoignent ensuite la milice. La commission recommande qu’à l’avenir, cela soit automatique en imposant à tous les conscrits deux mois d’exercices de milice obligatoires qu’ils devront effectuer dans les dix ans suivant leur service militaire. L’objectif est clair : disposer de plus d’hommes et mieux formés. C’est la clé pour un changement de paradigme, selon le lieutenant-colonel Norbert Lick. « Nous avons déjà obtenu une augmentation du budget de la défense. C'était une première étape. Le personnel en est une deuxième. Mettre en place ces changements amènerait une prise de conscience au sein de la population, car ils concernent tous les citoyens de sexe masculin, tout le monde réalisera alors que les choses bougent. »
« Pourquoi notre génération devrait-elle payer ? »
Mais tous les jeunes ne sont pas favorables à cette réforme, à l’instar de Lorenz, lycéen viennois de 18 ans qui s’apprête, dans quelques mois, à faire son service civil. « Je doute fortement qu'une prolongation du service militaire puisse avoir un effet positif. Tout simplement parce que j'ai remarqué que de moins en moins de gens s'y intéressent et que de plus en plus préfèrent effectuer un service civil. Les temps ont changé, le monde a évolué, c’est vrai, mais je trouve que demander cela n'est pas tout à fait juste. Pourquoi notre génération devrait-elle payer pour les erreurs des générations précédentes ? »
La commission, qui a travaillé six mois sur ce sujet, espère une loi rapide. Le chancelier autrichien, Christian Stocker, s’est dit pour cela favorable à un référendum.