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Arménie: des chercheurs français en quête de semences pour affronter le réchauffement climatique
17.10.2026Avant la COP17 sur la biodiversité, qui s'ouvre ce lundi 19 octobre en Arménie, des scientifiques français ont parcouru le pays à la recherche de semences locales. Face au changement climatique, ils cherchent dans cette diversité génétique des plantes capables de s'adapter aux conditions de demain. Reportage de Marie Penin pour RFI.
« Nous sommes de l'université agraire, et nos collègues français vont arriver dans un instant. Ils s'intéressent aux plantes que vous cultivez dans votre village. Est-ce qu'on pourrait aller les voir dans votre jardin ? », demande Andrea Melikyan. « Si vous étiez arrivés un peu plus tôt, vous auriez pu goûter le tolma [au chanvre] de ma belle-mère », lui répond Gohar Khachatryan.
Dans leur jardin à Vaghatin, Gohar et Seyran Khachatryan cultivent pommes de terre, tomates, haricots... Les Français, eux, s'intéressent aux asperges. « Depuis 25 à 30 ans, grâce à nos amis américains et à notre travail, nous continuons à cultiver ces variétés de Mary Washington », explique Seyran. « On collecte les graines, mais on collecte les savoirs qui vont avec. Elle est précoce, elle est tardive, elle est irriguée, pas irriguée, elle est sensible à telle maladie ou pas », souligne Stéphane Crozat, co-directeur du Centre de ressources de botanique appliquée, qui dirige cette mission.
S'adapter au nouveau climat
Ici, les scientifiques cherchent des semences plus résistantes au réchauffement climatique et aux maladies. Elles seront ensuite étudiées et testées à Lyon avec des agriculteurs français. « L'idée, c'est d'aller chercher dans des zones hypercontinentales – l'Arménie se trouve, en pointes extrêmes, de -22°C à pas loin de 50°C – pour pouvoir adapter nos futurs légumes, céréales et autres à notre nouveau climat. La plante va enregistrer petit à petit, progressivement, ces informations et va les inscrire progressivement dans son génome. Cette notion de coévolution est fondamentale parce que c'est ce qui peut nous permettre de nous adapter », ajoute-t-il.
Une génétique très large
Johan Cottreel, agronome au Centre de ressources de botanique appliquée (CRBA), recherche en priorité des variétés locales, familiales, avec une grande diversité génétique : « Ici, en Arménie, les croisements se font dans le jardin, soit par le vent, soit par les insectes. Ils n'ont pas peur du brassage génétique. C'est une des pistes aussi, d'aller voir une génétique très large pour résister aux conditions très aléatoires d'une année sur l'autre. »
Direction la banque de semences. « Nous allons le faire sécher. Il faut ensuite mettre 300 graines dans une enveloppe, puis la placer au réfrigérateur pour les conserver », détaille la scientifique Margo Ghazaryan. Ces graines rejoignent la banque de semences arménienne, qui conserve déjà 12 000 ressources génétiques. « Nous essayons de collecter les graines de toutes les espèces de plantes présentes en Arménie, notamment les ressources génétiques qui sont menacées de disparition. Si certaines venaient à disparaître, nous pourrions les restaurer », estime Andrea Melikyan, qui dirige ce centre scientifique.
Une partie de ces ressources sera étudiée à Lyon par l'équipe française. Les résultats seront présentés conjointement à la COP17. Des graines arméniennes, donc, qui pourraient bien se retrouver au cœur des discussions sur l'avenir de notre agriculture.
À lire aussiAu Giec, entre technologies et sobriété, des jeux d'influence- Du jour au lendemain, en pleine année universitaire, des centaines d’étudiants afghans en médecine au Pakistan se retrouvent menacés de devoir interrompre leurs études et de rentrer en Afghanistan.
De notre correspondante à Islamabad,
Le 1ᵉʳ septembre, les autorités pakistanaises ont ordonné aux établissements de médecine et d’études dentaires d’expulser les étudiants afghans et d’organiser leur retour en Afghanistan. Cette décision pourrait avoir des conséquences particulièrement lourdes pour les étudiantes, qui ne peuvent plus poursuivre leur formation médicale dans l’Afghanistan des talibans. Pour les défenseurs des droits humains, cette mesure s’inscrit dans une politique plus large menée par Islamabad à l’encontre des ressortissants afghans sur fond de dégradation des relations entre Islamabad et Kaboul.
Depuis 2023, les autorités pakistanaises mènent une vaste campagne d’expulsion d’Afghans, au nom notamment de la sécurité nationale. Les autorités pakistanaises, elles, démentent toute expulsion générale des étudiants afghans. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères assure que ceux qui disposent d’un visa valide peuvent rester au Pakistan et terminer leurs études. Mais sur le terrain, plusieurs étudiants affirment avoir été renvoyés de leurs facultés ou de leurs dortoirs. Certains ont saisi les tribunaux à travers le pays et obtenu une suspension temporaire de la mesure. Pour les autres, la situation reste inchangée. Et derrière cette incertitude, ce sont des années d'étude et de sacrifices qui risquent d'être perdues.
À écouter dans Le débat du jourPakistan-Afghanistan : deux voisins irréconciliables?
« Je suis sous le choc »
Sur le campus du Federal Medical College d’Islamabad, quelques dizaines d’étudiants en médecine sont rassemblés. Parmi eux, Shaqayq Danish, 24 ans, est étudiante en deuxième année. Elle fait partie de la cinquantaine d’étudiants afghans de cette université. Sur la pancarte qu'elle brandit est écrit : « L’éducation est un droit, pas une arme politique. » Elle confie : « Je suis sous le choc. Certains étudiants ont été expulsés de leurs dortoirs. D’autres ont été renvoyés de leurs facultés. »
Depuis la décision des autorités pakistanaises, Shaqayq ne peut plus aller en cours. Ce sont plusieurs années d’étude qui risquent de partir en fumée. « Nous nous sommes battues. Nous n’avons pas baissé les bras. Nous avons fait tout notre possible pour arriver jusqu’ici, souligne-t-elle. Mais aujourd’hui, une fois encore, tout nous est limité. »
Pour les étudiantes comme Shaqayq, la décision est particulièrement lourde de conséquences. En 2022 déjà, elle avait dû interrompre ses études en Afghanistan après les restrictions imposées par les talibans sur l’éducation des filles. Pendant près de deux ans, elle a travaillé pour apprendre l’anglais et reprendre ses études ailleurs. « Toutes les voies sont actuellement fermées pour nous en Afghanistan. Si je retourne en Afghanistan, ce n’est pas seulement mon parcours et mon avenir qui seront réduits à néant, alerte-t-elle. Ma famille aussi en souffrira profondément. Pour ma mère et ma sœur, j’étais un espoir. »
Pour son camarade Amin Salimi, 23 ans, lui aussi afghan, il n’y a pas de doute sur la nature de cette mesure. Pour lui, c’est une décision complètement politique.
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Près de 2 millions de départ
Depuis 2023, les autorités pakistanaises mènent une vaste campagne d’expulsion de ressortissants afghans, invoquant des raisons de sécurité nationale, conduisant à près de 2 millions de départs. Muhammad Akif Sher, avocat à Islamabad et défenseur des droits des Afghans, dénonce une politique discriminatoire. « Lorsque nous, les avocats, représentons un étudiant afghan ou un citoyen afghan devant les tribunaux ici, au Pakistan, explique-t-il, malheureusement, les juges semblent avoir l’idée préconçue que le simple fait d’être afghan constitue en soi une infraction. »
La justice pakistanaise a depuis temporairement suspendu l'application de cette mesure dans plusieurs affaires à travers le pays. Mais, à Islamabad, pour Shaqayq et ses camarades, l’incertitude demeure. Et derrière son propre avenir, c’est déjà celui de son pays qu’elle imagine. « Avoir des médecins dans un pays est un besoin fondamental, conclut l'étudiante en médecine. Je voudrais que le monde entier imagine ce que serait leur pays s’il n’y avait aucun hôpital ou aucun médecin. »
À lire aussiComment le Pakistan a su tirer avantage de son rôle de médiateur entre les États-Unis et l'Iran Italie: à Rome, l'école publique Di Donato se bat contre un décret-loi du gouvernement Meloni
16.10.2026À quelques mois des élections générales en Italie, un décret-loi adopté par le gouvernement Meloni impose notamment l'interdiction du port du voile dans les établissements scolaires ou bien des limites d'élèves étrangers. Au cœur de l'Esquilin, le quartier le plus cosmopolite de Rome, enseignants et parents d'élèves de l’école Di Donato font front commun contre ce décret-loi.
Réputé pour ses pratiques pédagogiques, cet établissement accueille près de 400 élèves de maternelle et de primaire, répartis dans vingt classes. La moitié d’entre eux sont originaires d’une vingtaine de pays étrangers – asiatiques, africains ou encore d'Europe de l'Est.
Un reportage dans cette école de notre correspondante à Rome.
À lire aussiItalie: le gouvernement Meloni adopte un décret interdisant le port du voile en milieu scolaireEn Allemagne, l'archipel des Halligen, sanctuaire pour les oiseaux, est menacé par la montée de la mer
15.10.2026Comment stopper la destruction de la nature ? C'est la question à laquelle devra répondre la COP17, les négociations internationales sur la biodiversité, qui se tient à Erevan en Arménie du 19 au 30 octobre. Les aires protégées sont particulièrement importantes pour freiner le déclin du vivant, et notamment des oiseaux, dont une espèce sur huit est menacée d'extinction. Tout au nord de l'Allemagne se trouve un tel sanctuaire ornithologique, l'un des derniers d'Europe : les Halligen. Dix petites îles menacées par le changement climatique.
De notre envoyée spéciale dans les Halligen,
La famille de Ruth Kruse vit depuis plus de 300 ans sur l’île de Nordstrandischmoor. Et depuis toujours, c’est le passage des oiseaux migrateurs et nicheurs qui rythme son quotidien. L’oiseau symbole des Halligen — ailes noires, ventre blanc et bec orange — c’est lui : l’huîtrier pie. 4 % de la population mondiale de cette espèce nichent sur ces îles. « Ici, rien que sur cette Hallig [le nom donné à chaque îlot de cet archipel, NDLR], nichent plus de 10 000 mouettes rieuses. J’ai aussi compté 400 couples de sterne pierregarin, ainsi que des sternes naines, des pluviers grand-gravelot, liste Ruth Kruse. Si vous essayez de traverser notre île à pied, vous allez forcément marcher sur un nid. »
L’ornithologue Elisabeth Kirchhoff souligne : « Cela ne semble peut-être pas grand-chose. Mais si l’on compare la superficie de ces minuscules îlots aux immenses étendues ailleurs en Europe, on se rend compte que les Halligen représentent une toute petite tête d’épingle, qui a pourtant une influence considérable ! »
« Ici, sur les Halligen, les huîtriers pies ont encore régulièrement un très bon taux de reproduction. Ils dépassent donc le seuil nécessaire au maintien de la population, poursuit l'ornithologue. Il y a des huîtriers pies qui couvent également sur le continent. Mais ceux-là n’ont souvent pas autant de succès avec la reproduction et ne parviennent plus à dépasser ce seuil. Du coup, les Halligen constituent une sorte de population source pour les oiseaux qui nichent sur le continent. »
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« La Hallig est comme morte. On n’entend plus aucun oiseau »
Depuis 50 ans, les habitants des Halligen comptent les oiseaux tous les quinze jours. Mais depuis une quinzaine d’années, certaines espèces voient leurs populations fortement diminuer. Parmi les multiples raisons : l’élévation du niveau de la mer due au changement climatique. Désormais, il arrive que la mer du Nord submerge ces petites îles plates et sans digues durant le printemps. Or, toutes les espèces d’oiseaux qui se reproduisent ici construisent leur nid à même le sol. Julian Winkelmann, responsable de la surveillance ornithologique sur la Hallig de Norderoog, décrit la scène : « Lorsque l’eau arrive, les oiseaux adultes s’agitent frénétiquement. Ils essaient d’éloigner leurs oisillons du danger en poussant des cris. Mais ils ne peuvent pas les prendre dans leur bec et s’envoler ailleurs. Beaucoup de nids sont détruits. Et des oisillons meurent, même encore un ou deux jours après la submersion. Parce que, comme leur plumage n’est pas encore imperméable, ils sont victimes d’hypothermie. »
Sur la Hallig de Ruth Kruse, une telle submersion a emporté une grande partie des nids au mois de juin. Elle confie, émue : « Et là, en pleine période de reproduction… la Hallig est comme morte. On n’entend plus aucun oiseau. Et ça, ça rend quand même… très triste. »
Si les autorités allemandes et l’Union européenne mènent différents programmes d’adaptation pour tenter de sauver les Halligen de la disparition face à la montée de la mer, c’est parce que ces dix petites îles occupent un rôle charnière pour de nombreuses espèces. Elisabeth Kirchhoff avertit : « Bon, on pourrait dire : "Peu importe ! Ça n’en vaut pas la peine. Laissons-les couler ! On ne les protège plus." Mais alors, on accepte que, tôt ou tard, les oiseaux aussi disparaîtront. »
À écouter dans Grand reportageComment sauver les Halligen, archipel européen menacé par la montée de la mer?- Près de 10 ans après le mouvement #MeToo, les discours virilistes gagnent du terrain en Europe. C'est le cas en Italie, où Roberto Vannacci, candidat aux élections législatives de 2027, déploie depuis plusieurs mois une rhétorique identitaire et masculiniste. C'est à travers ses discours provocateurs que son parti, Futuro Nazionale, séduit progressivement la frange la plus à droite de l’électorat de Giorgia Meloni. Créé en février, le jeune parti a publié cet été son programme politique : l’ancien de la Ligue y détaille son projet pour la famille, où le patriarcat dit méditerranéen doit être restauré, l’accès à l’IVG restreint, le crime de féminicide abrogé… Une vision traditionaliste de la masculinité qui puise ses racines dans l'héritage fasciste, encore prégnant en Italie.
Un reportage de notre correspondante à Rome, à retrouver en intégralité dans Accents d'Europe.
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